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mercredi 9 mai 2012

12 QUESTIONS SUR LES INSECURITY DAYS 2012

Quelques questions que je me posais sur les insecurity days et auxquels Yao N'cho Cédric, promoteur de l'évènement a bien voulu répondre. 

1-Comment est venue l’idée de ce concept ? 

Les Insecurity Days partent d’un concept qui est que les internautes en général sont exposés à de multiples dangers parce qu’on les a exhortés, stimulés et motivés à utiliser les nouvelles technologies, leur présentant seulement les bienfaits sans leur expliquer les risques. Finalement on a une population fortement exposée et très vulnérable qui croit à tous ceux qui se dit sur internet, qui expose ou échange des informations personnelles et finalement qui accepte tous les nouveaux produits (logiciels et matériels) comme performant et forcément sécurisé. Il fallait un évènement qui permettrait de parler aux décideurs, former les informaticiens et sensibiliser les internautes en général. Il fallait utiliser une approche scientifique : démontrer les risques et proposer des solutions. Aux Etats Unis ils ont « Black Hat » en Inde il y a « Cocoon », en France c’est « La Nuit du Hack » et en Afrique Sub-saharienne francophone nous avons su imposer les Insecurity Days.


mardi 20 décembre 2011

LE PROGRAMME DE JOSUE GUEBO, NOUVEAU PRESIDENT DE L'AECI

Ce programme avait été envoyé aux écrivains par monsieur Guébo avant son élection. 

La mise en œuvre de notre projet pour l’AECI, justifie notre acte de candidature. Ainsi… 

Josué Guébo, nouveau Président de l'AECI
1. Nous sommes candidat pour assurer au livre ivoirien un rayonnement international. Œuvrer à la pérennisation des œuvres de nos auteurs passe par le fait de leur conférer une stature internationale grâce à un système de diffusion et de communication adapté. Nous envisageons de soumettre, avec l’approbation des éditeurs, les œuvres aux différentes plateformes de visibilités (concours, magazines, salons, etc.,) en vue de permettre à nos auteurs de s’imposer sur l’échiquier international du Livre. Usant d’un réseau ramifié de partenaires à la diffusion d’ouvrages littéraires, nous projetons d’offrir en partage et à large diffusion, les œuvres produites par les membres de l’association. 

2. Nous sommes candidat, pour faciliter la traduction des œuvres dans les principales langues mondiales. Nous entendons mettre sur pied un pool de traducteurs, spécialistes des principales langues internationales, dans le but de permettre aux œuvres ivoiriennes d’être connues au delà de la seule sphère francophone. Notre ambition est de faire des lettres ivoiriennes un champ accessible aux lecteurs de toutes les aires linguistiques significatives. 

3. Nous sommes candidat, pour encourager l’étude universitaire et scolaire des œuvres produites par les membres de l’association. Pour nous, l’écrivain est un interlocuteur de la postérité. Comme tel, il demeure un pédagogue dont la parole doit être portée sur la place académique. Ainsi, nous entendons prendre attache, par une commission bipartite, avec les structures de tutelle dévolues à l’action pédagogique pour une plus grande prise en compte des œuvres des auteurs de l’association, dans la réalisation des manuels scolaires et universitaires.

4. Nous sommes candidat, pour instaurer des ateliers mensuels d’écriture. Si l’écriture reste une aventure solitaire, elle repose aussi sur l’acquisition de techniques universelles dont la connaissance et la maitrise peuvent constituer des sources d’optimisation des capacités de l’écrivain. C’est au regard d’un tel constat que que nous initions des sessions mensuelles d’ateliers d’écriture, à l’intention des écrivains et du public, dans les genres suivants : - Roman - Nouvelle - Poésie - Essai - Biographie Ces ateliers animés par des écrivains et universitaires de premier plan viseront à assurer un renforcement des capacités des auditeurs, tout en offrant, notamment aux jeunes écrivains, la latitude de confronter leurs expériences à celles de devanciers. 

5. Nous sommes candidat, pour initier des sessions de formation à la culture générale. Les sessions trimestrielles de formation aux domaines de culture générale donneront la latitude aux écrivains ivoiriens d’étendre et d’échanger leurs connaissances sur des arts et sciences proches du domaine de la littérature et susceptibles de renforcer leurs capacités générales. Ainsi seront dispensées des études sur le cinéma, la peinture, l’édition et la politique commerciale du livre. 

6. Nous sommes candidat, pour œuvrer à l’émergence de résidences d’écriture. Permettre à nos écrivains d’accéder à des espaces propices à la création littéraire. Il s’agira par cette activité d’offrir un cadre de rédaction approfondie à de jeunes auteurs lauréats de concours littéraires. Mais les résidences d’écriture concerneront aussi tout auteur confirmé entendant travailler un temps en « ermitage 

lundi 25 juillet 2011

ENTRETIEN AVEC...FRANCK BAYE


1-Qui est Franck Bayé ?

Financier de formation, je me suis réinventé grâce aux TIC. En effet, autodidacte en informatique, je suis aujourd’hui Webdesigner à la tête d’une Web Agency dénommé Madox (www.madox.ci), que j’ai crée en 2009.

2-Il parait que tu as un projet qui va révolutionner l’édition en Côte d’Ivoire. Tu peux nous donner de plus ample détails ?

Je ne sais pas d'où tu tiens cette information. Lol. L'essentiel de ce que je pense en ce qui concerne l'édition est contenu dans mon article du jour. Je pense que la personne qui te l'a dit a beaucoup exagéré. je n'ai pas de projet révolutionnaire. Je sais faire des sites web, je pense avoir une certaine vision stratégique en plus d'une culture du web. Cela m'autorise à faire des propositions. Mais aucun projet de maisons d'édition.
 
3-Si les paiements se feront via un paiement en ligne, l’écrivain même doit disposer de cette option au niveau de son compte en banque ? Comment doit-il s’y prendre ? Tu as une autre solution ?

Pour recevoir des paiements en ligne, il existe plusieurs solutions. mais on peut les résumer ainsi : Soit l'écrivain prend une carte visa et reçoit les paiements sur celle ci soit il communique son numéro de compte bancaire. L'une ou l'autre de ces méthodes sera transmises au tiers de paiement qui est un opérateur international ( payapl, moneybooker ) qui va se charger de sécuriser les transactions. Là encore rien de compliqué.

5-Compte tenu du retard de l’Afrique en matière de solutions de paiements en ligne, le public susceptible d’acheter les livres sera à majorité occidental ou tout le moins de la diaspora. Écrire pour ce genre de public ne va-t-il pas nécessiter un changement de style de la part des auteurs ivoiriens, pour les intéresser ?

 Sur ce point je pense qu'il faut revenir sur certaines idées. les consommateurs des livres africains se situe dans la même catégorie de ceux qui ont accès à ces moyens de paiements. Il suffit seulement qu'ils en ait besoin. prenons ton exemple si tu as la possibilité d'acheter en ligne 5X moins cher le dernier livre de ton auteur préféré on peut parier que tu iras acheter ta carte visa sur le champ ( africards, rubis de BIAO ou les offres d'ecobank et de Banque Atlantique. Pas besoin de cibler les occidentaux il suffit juste d'avoir un prix incitatif et un certain volume d'offres.

6-Les éditeurs locaux, proposent généralement des services de corrections des œuvres inclus dans leur pourcentage final, comment comptes-tu gérer ce volet sur ta plate-forme ?

Ma plate forme ? Laquelle ? Comme je l'ai dit à plusieurs reprises je n'ai aucun projet dans ce sens ( à l'heure actuelle ) et même si j'avais envie de m'y investir c'est un aspect trop technique donc que je ne pourrais gérer personnellement. Ce qui m'intéresse et là où je peux apporter ma valeur ajoutée c'est en aval du projet. En amont tout le côté rédactionnel , conseil relecture et compagnie je ne m'y aventure pas. 

7-Il y a aussi une certaine mise en page à effectuer pour la commercialisation électronique de l’ouvrage, qui s’en chargera si ton option est retenue ?

Aujourd'hui il y a des logiciels pour tout. Ce genre de chose ne m'inquiète pas une seconde. Dis toi que des auteurs ont eu ce problème et que la solution est disponible . Il suffit de la trouver. Je serais pas surpris que les Amazon et compagnie propose ce genre d'outils ce serait cohérent dans leur logique. So don't worry.

8-Pour pouvoir lire un livre en format électronique, le lecteur peut-il se contenter d’un ordinateur ou doit-il posséder un appareil spécial ? 

Il existe 3 grands formats de diffusion d'eboks. PDF, MOBI et EPUB. Les trois peuvent se lire à la fois sur pc et ereader à condition d'avoir les logiciels adaptés. le format pdf est le plus courant sur PC.

9-Pour le livre format papier, c’est la photocopie, l’emprunt à un tiers qui en mine les ventes. Ton option prévoit-elle des solutions sécuritaires pour éviter la piraterie ? Comment empêcher un acheteur de le diffuser gratuitement.

Rien ne peut empêcher quelqu'un de copier ton livre comme de le photocopier. c'est une crainte légitime mais contre laquelle on ne peut rien. Le numérique peut te permettre de vendre ton livre à la terre entière sans quitter ton fauteil. de telles avantages ne vont pas sans qlq inconvénients. Quand je vois les ventes d'Amazon et autres les ventes ne semblent pas affectées.
10-Tu proposes le référencement du livre sur des sites semblables à AMAZON est-ce gratuit et aussi facile que tu le fais paraître ?

Gratuit ?? Il manquerait plus qu'il le fasse payer en plus. Ils prennent une commission sur les ventes 20% je pense. Maintenant est ce simple. Un système qui permet à des millions de personnes de vendre leur ebook en ligne ne peut pas être compliqué et si jamais ca semble un peu bizarre il y a forcément quelque part un blog qui va expliquer la marche à suivre. Je ne m'en fais pas une seconde. 

11-Yehni Djidji a plusieurs manuscrits dans le placard et aimerait par exemple, adhérer à ton projet, quels sont tes tarifs ?

Comme je l'ai déja dit je n'ai pas de projet de maison d'édition. Mais je suis un autodidacte et ce genre de challenge ne motive particulièrement. Adhérer à mon projet consistera surtout à définir ce que je peut apporter dans mon domaine de compétences.Maintenant en ce qui concerne mes tarifs ils sont sur mon site web mais vu la nature du projet une analyse préalable s'imposera ( qui doit faire quoi ? ). 

12-Un contact où les personnes intéressées peuvent te joindre ?
07 61 60 51
http://madox.ci/

13-Merci ! 

De rien !

Interview réalisée par Yehni Djidji

mardi 19 juillet 2011

ENTRETIEN AVEC...SERGE GRAH

Chez nous, la seule porte de survie d’une maison d’édition c’est le livre scolaire. Or, ce marché est presque exclusivement détenu par les maisons d’édition des pays du Nord à travers leur succursales ivoiriennes.


1-Qui est Serge Grah?

Serge Grah est un journaliste de culture qui travaille depuis bientôt 10 ans dans l’univers de l’édition en Côte d’Ivoire. Je suis actuellement chargé d’édition dans une maison d’édition de la place. Aidé d’un assistant, mon travail au quotidien consiste à coordonner le processus éditorial : la programmation annuelle des textes à éditer, le suivi éditorial (lecture, correction, mise en page, choix de l’illustration de la couverture, etc.) les relations avec les auteurs.

2- Peux-tu nous expliquer les différentes étapes par lesquelles passe un livre avant d’être édité ?

A la réception du manuscrit, nous le lisons et le faisons lire par le comité de lecture pour en évaluer sa qualité. Nous vérifions aussi qu’il n’enfreint pas aux droits de l’homme. Si le texte nous agrée, nous envoyons un courrier à l’auteur pour le lui signifier. Traditionnellement, c’est à la maison d’édition de supporter les frais d’édition de l’ouvrage pour lequel un pourcentage sur le prix de vente public de l’ouvrage est convenu avec l’auteur dans le cadre d’un contrat d’édition. Ce pourcentage lui sera versé sur les ventes effectivement réalisées de son ouvrage. Malheureusement, confrontés à des difficultés budgétaires qui ne sont rien d’autres que la conséquence de la mauvaise représentation que la majorité de la population se fait du livre, les éditeurs sont de plus en plus obligés de faire participer les auteurs aux frais d’édition de leurs œuvres. C’est ce qu’on appelle l’édition à participation d’auteur (quand l’auteur partage les frais avec l’éditeur) ou à compte d’auteur (quand il prend entièrement en charge l’édition de son livre). Cela dit, quelle que soit l’option choisie, un contrat va lier les deux parties.  Ainsi, après que le contrat ait été signé par les parties, le travail proprement dit sur l’ouvrage commence. Mise en page, relecture, correction, etc. L’auteur est même invité à participer et à s’impliquer dans toutes les étapes de la réalisation de l’ouvrage. En ce qui me concerne, je demande toujours à nos auteurs de bien vérifier chaque étape de la réalisation de leur œuvre. A l’issue de tout cela, le BAT (Bon à tirer) est signé par l’auteur. On peut donc passer à la dernière étape qui est celle de la fabrication. Dès sa parution, l’ouvrage est mis en rayon dans toutes les librairies, sur toute l’étendue du territoire.

3- Qu’est-ce qui explique les longs délais d’attentes infligés aux écrivains ?

Ces délais sont liés à la quantité des manuscrits que nous recevons. Nous recevons environs 500 textes par ans. Or il faut à peu près deux mois pour traiter un manuscrit.

4-Quelles sont les défis que les jeunes maisons d’éditions doivent relever ?

Le principal défi est d’éditer des livres à la fois originaux et susceptibles de se vendre. Et puis, les petites maisons ont à cœur de soutenir de nouveaux talents littéraires. C'est loin d'être évident. Parce qu’il est difficile d'évaluer le potentiel commercial des nouveaux auteurs. Leur originalité est donc à la fois un atout et un handicap. Tout cela constitue les défis qui jonchent le quotidien des jeunes maisons d’édition. L’autre grand défi est le marché du livre scolaire. Chez nous, la seule porte de survie d’une maison d’édition c’est le livre scolaire. Or, ce marché est presqu’exclusivement détenu par les maisons d’édition des pays du Nord à travers leur succursales ivoiriennes.


5-Est-ce que la coédition ne peux pas être une solution pour réduire les charges des maisons d’éditions et donner plus de chance aux écrivains ?

La coédition est encore faible chez nous. Pourtant, ça pourrait être une excellente solution d’avenir. Elle pourrait apporter des réponses adaptées aux problèmes  des éditeurs. Qu'est-ce qui empêche les éditeurs de monter des projets ensemble ? Etant donné que les avantages de la coédition sont évidents : produire des tirages plus importants et viser un marché plus vaste. Ils vont coordonner la promotion et développer des stratégies marketing communes. Et puis, les aspects commerciaux ne sont pas les seuls avantages de la coédition. L'échange d'idées et la collaboration des éditeurs ont une influence positive sur la qualité des ouvrages.

6- En cas de coédition, c’est l’auteur qui prend contact avec les différentes maisons d’éditions, ou bien ce sont ces dernières qui se chargent d’établir un accord ?

La coédition c’est entre deux maisons d’édition. Toutefois, l’auteur peut rapprocher des éditeurs dans le cadre d’un projet de coédition. Mais c’est à l’éditeur principal, celui qui reçoit le manuscrit, de rechercher un coéditeur.

7-Comment une action gouvernementale pourrait-elle redynamiser le secteur ?

En Côte d’Ivoire, le livre existe, les auteurs existent, les éditeurs existent, les imprimeurs existent, les lecteurs existent, la richesse existe, la pauvreté existe et l’argent aussi existe. Il y a donc de l’argent pour fabriquer les livres, les diffuser et les distribuer. Et, il y a aussi de l’argent pour les acheter. Mais le problème, c’est le manque de politique nationale du livre. Comment comprendre qu’il pas encore de loi sur le livre en Côte d’Ivoire. Et pourtant, le livre n’est pas un produit comme les autres ; c’est l’une des plus nobles créations de l’esprit et de l’imaginaire qui, en tant que telle, ne saurait être soumise à l’unique loi du marché. Le livre est un enjeu majeur  de société comme la santé et la démocratie. L’Etat doit donc le protéger, créer les conditions qui permettent son accès de tous par la création, entre autres de bibliothèques publiques. C’est tout cela la politique du livre qui fait partie de la souveraineté d’un État. C’est un mouvement volontariste qui exige un axe législatif, financier et juridique, avec les accords internationaux. Sur ce dernier point, je fais allusion au protocole de Nairobi  qui permet de détaxer les intrants du livre.

8-On dit que les ivoiriens n’aiment plus lire, quel est ton avis ?

On dit que « la meilleure façon de cacher quelque chose à un Noir est de la mettre dans un livre »… ça c’est pour ceux qui aiment les clichés. Cela dit, il faut reconnaître que statistiquement les Ivoiriens lisent peu. Cela tient à des raisons mille fois discutées : pouvoir d'achat, structure sociale et familiale, tradition orale, etc. Cependant, je crois qu’aujourd’hui, les actions en faveur de la lecture portent leurs fruits. Il y a une évolution positive en la matière, des efforts ont été entrepris par des associations spécialisées,  notamment Point de lecture et ses « Cafés littéraires ». Même si à travers le niveau de langue, on peut déplorer l’impact négatif des nouvelles technologies de l’information sur les jeunes. Mais comme dit l’adage « il faut laisser le temps au temps ».

9-Des conseils aux jeunes écrivains pour mettre toute les chances de leur côté ?

Quand on écrit pour la première fois, on s'inspire de ce qu'on aime, des auteurs qu'on lit. C'est correct de le faire.  Car on ne peut pas se lever et inventer des choses ex-nihilo. Mais il faut réussir à trouver son propre style et sa propre histoire à travers ces expériences. Il ne faut surtout pas penser qu’être « instruit » permet d’être écrivain, ou alors qu’il faut juste de l’inspiration pour écrire. L’inspiration est effectivement très importante, car il faudrait dire des choses nouvelles, des choses qui interpellent. Cependant, ça demande également une bonne culture générale et beaucoup de travail derrière. A la base de tout cela, il y a la lecture.  Ensuite, il faut rendre son texte le plus abouti possible, le saisir à l’ordinateur, très aéré, sans ratures, avec le minimum de fautes, avec un découpage de paragraphes clair. En général, le lecteur qui sera chargé du manuscrit, va lire la première et la dernière page. Ces pages doivent donc être très attractives. Si le lecteur est accroché par cette première « lecture », d’autres pages seront lues. Puis le manuscrit commencera à circuler entre plusieurs personnes au sein du comité de lecture et sera peut-être retenu.


Interview réalisée par Yehni Djidji

samedi 16 juillet 2011

ENTRETIEN AVEC...AUGUSTE GNALEHI


...Le correcteur se met à la place de l’auteur, pénètre dans la conscience, dans l’être de l’auteur pour modifier la trame première pour que la seconde trame s’ourdit, se noue, se dénoue...

1. Qui est Auguste Gnaléhi ? 

Auguste Gnalehi est journaliste, critique littéraire, consultant et correcteur de livre…

2. Comment  es-tu  arrivé au journalisme?

Je suis arrivé au journalisme en 1991 par tempérament, par vocation, mais surtout par acquit de conscience. En d’autres termes pour être en règle avec ma conscience. Je me suis dit que avec la plume on peut non seulement informer, former la population mais dénoncer les tares de la société. A un moment donné, j’ai fait un constat : pour être efficace et performant, il faudrait que vous vous spécialisez dans un domaine bien précis. J’ai choisi alors la critique littéraire. Mais cela ne veut pas dire que je ne pouvais pas tenir une page politique, société ou économie. Loin de là. Je suis à l’aise partout : économie, politique, société. J’ai choisi la critique littéraire pour aimer davantage le livre et le faire aimer à tous ceux qui pensent que lire est une perte de temps. Celui qui ne lit pas est un homme sans boussole perdu dans un désert ou dans une forêt dense ou encore en plein océan. C’est un homme sans repère et repaire. Car lire c’est s’interroger, lire c’est se questionner, interpréter le code d’un message écrit…Le lecteur c’est celui qui peut se tirer d’affaires car par ses lectures il peut avoir la solution du problème posé. Par ses lectures il a des repères, des références tant historiques que sociologiques pour transcender les problèmes qui l’assaillent.

3. D'où te vient le goût pour la littérature?

Mon goût pour les livres date de ma tendre enfance. Je vais vous raconter une anecdote, pour illustrer ce qui va suivre. Au CP1, mon père m’avait acheté des bouquins tout neufs. Ce qui m’a plu, ce ne sont ni les jolis dessins, ni les belles écritures mais l’odeur agréable, le parfum que dégageaient les livres. Alors j’ai commencé à renifler cette odeur, cet arôme. C’est là que tout est parti. Chaque rentrée scolaire, en compagnie de mon père et de mes grandes sœurs nous allâmes de librairie en librairie acheter mes livres.

 Durant tout mon cycle primaire et secondaire, je ne  recevais que de bouquins neufs. Voyez-vous, c’est le beau  parfum, cette fragrance du livre qui m’a entraîné vers la littérature. Contrairement à certaines personnes, ce n’est pas la lecture d’un roman ou d’un livre qui a suscité en moi le goût pour la littérature. C’est donc après ce déclic que j’ai commencé a dévoré toutes sortes de livres. Lire est devenu une passion pour moi. Je lis en moyenne trois bouquins par semaine. Mais je ne lis que de bouquins neufs. Car cela me plonge dans mon enfance. C’est donc tout naturellement qu’après l’obtention du BAC, je me suis inscrit en Lettres Modernes ; pour continuer à humer cette senteur des livres. En effet, pour faire la promotion des livres, j’ai créé deux blogs : augustegnalehi.centerblog.net gnalehibebey.afrikblog.com

4. Revenons à ton métier de correcteur. Dis-moi depuis combien d’années exerces-tu ce  métier?



Cela fait bientôt quinze ans (15 ans) que j’exerce ce métier. J’ai commencé par la correction des journaux.  Je peux citer entre autres les quotidiens Le Jour avec feu Diégou Bailly, Franck Anderson Kouassi (secrétaire de rédaction) et Le Front. A Le Front, non seulement j’étais au service correction, mais j’avais créé une rubrique intitulée Sous La Plume où je faisais la critique des œuvres littéraires et des ouvrages de référence. Je suis parti d’un constat. Les journaux ivoiriens outre Fraternité Matin n’ont pas de page relative à la critique des livres. Voici l’argument qui a milité à ma faveur lorsque je suis allé présenter ce projet au rédacteur en chef, Sran Eric Kouassi Franck (actuellement directeur de la publication du quotidien sportif Fanion).  C’est à partir de là que j’ai tapé dans l’œil de certains organisateurs de concours littéraires et d’écrivains. D’ailleurs,  beaucoup d’écrivains non des moindres m’ont sollicité et me sollicitent encore en vue de lire et de corriger leurs manuscrits. Je peux citer pêle-mêle Gina Dick, Jean-Luc Djéa, Assouma Kouadio Bertin, dit Wogny Claire Porquet, Mari Constance Komara, Isaïe Biton Koulibaly et bien d’autres …  Mais, depuis décembre 2007, je travaille en free lance.

5. En quoi consiste ce métier ?

Ce métier a beaucoup d’exigence. Il faut être attentif, rigoureux et méticuleux. Le correcteur  doit tout vérifier. Il doit avoir le coup d’œil, maîtriser les règles de grammaire, les idiomes et savoir les employer. Un correcteur doit connaître les expressions idiomatiques. Un correcteur, au risque de me répéter, c’est lui qui possède parfaitement la langue dans laquelle il travaille (grammaire, vocabulaire, orthographe. Pour éviter de laisser passer des versions différemment orthographiées d’un même mot des néologismes différents pour un même sens ; le correcteur doit revenir fréquemment au dictionnaire établi.  Comme tu le vois, ce métier ne consiste pas seulement à enlever les S et mettre des ENT à des verbes, comme on le dit de façon prosaïque (rires)... Car lire c’est se construire une conscience, c’est se projeter hors de soi à la rencontre d’une autre conscience, c’est aller à la rencontre d’un plaisir, d’un bonheur. Partant de ce principe, ce métier consiste à policer, châtier, raffiner la langue. En un mot, ce métier consiste à cultiver la langue…Outre l’assainissement de la langue, le correcteur a la possibilité après discussion avec l’auteur de bien structurer, de réécrire certains chapitres tout entiers,  de bien construire les personnages, l’espace…de réduire les parties dialoguées si elles sont superflues, touffues, de donner une fin autre que celle de l’auteur : une fin plausible.

6. Quelle est l’importance pour un auteur de faire appel à un correcteur ?


Au regard de ce que je viens de dire tantôt, il est impératif qu’un auteur fasse appel à un correcteur. Le correcteur reconstruit, restructure, réorganise  le texte. Consultant littéraire et ayant été  membre de jury de plusieurs concours littéraires en Côte d’Ivoire, j’ai remarqué que la plupart des candidats et ceux qui déposent leur manuscrit dans les maisons d’édition ne savent pas construire un paragraphe, un personnage, un espace. D’ailleurs, ils ne savent pas que la description d’un lieu ou le portrait d’un personnage arrête le récit. Conséquence : les maisons d’édition refusent de les publier ou si elles veulent satisfaire les auteurs, elles leur demandent d’éditer leur manuscrit à compte d’auteur. Pourquoi à compte d’auteur ? Parce que les maisons d’édition vont engager d’autres frais annexes pour rendre potable le texte : le rewriting ou la réécriture…Pour éviter d’éditer son propre texte à compte d’auteur,  l’auteur doit faire appel à un spécialiste. Ce spécialiste fait un travail en amont. Il peut même suggérer à l’auteur d’explorer une autre fin pour rendre croustillant son  récit.  Tu vois, Yehni, si les textes sont bien construits, réalistes, avec des personnages typiques ou vraisemblables au ton juste, pratiquant le niveau de langue adéquat, la syntaxe  correcte, le mot propre utilisé à bon escient, la phrase bien balancée, le directeur littéraire de la maison d’édition donne tout de suite son ok et au bout de quelques semaines ton livre est en librairie.

7. Quelles sont les lacunes qui reviennent souvent dans les manuscrits ?


Moi, je parlerai plutôt de fautes. Les fautes qui reviennent souvent sont des fautes de grammaire, de syntaxe, de langue et de liaison. Les fautes de langue, je peux citer notamment cette expression : Faire des mains et pieds. La plupart des auteurs aiment employer cette expression. Pourtant elle n’est pas juste. En français voici ce que l’on dit : Faire des pieds et des mains pour obtenir quelque chose.  Une autre expression que les auteurs affectionnent : traîner les pas. Cette expression n’est pas correcte. On dit plutôt traîner les pieds… Encore une autre expression : de toutes les ou de toutes les manières. On dit plutôt de toute façon ou de toute manière.  Il y a aussi des fautes d’orthographe : Par moments et par endroits, ces deux mots prennent toujours la marque du pluriel. Je pourrai parler de l’euphonie. En effet, la manifestation orale d’une langue est dite euphonique quand elle est jugée agréable à entendre. D’où l’insertion d’un (t) dit euphonique qui a pour fonction d’éviter l’hiatus entre deux voyelles dans les groupements tels que viendra-t-il ? Parfois les auteurs pensant maîtriser la règle qu’ils  font la faute dans les groupements tels que  prend-t-il cette enveloppe ? On écrit plutôt Prend-il cette enveloppe ?  Le (d) se lit (t). D’ailleurs, cette dernière forme ne comporte pas d’hiatus. Tu vois, la correction c’est tout un art…

8. Es-tu affilié à une maison d’édition ?

Je disais tantôt, depuis décembre 2007, je travaille en free lance ; parce que le journal qui m’employait pour des questions, dit-on, politiques a fermé. En revanche, j’ai été consultant pendant près de deux ans chez Vallesse Editions. Nous avons travaillé en parfaite intelligence. Je travaillais sous la direction du Directeur de l’édition. Actuellement, je suis le directeur littéraire de Sésame Editions. ..

Cette maison d’édition, outre sa mission de promouvoir le livre et la lecture, se propose d’innover. Pour cela, nous avons une équipe jeune. Le directeur général se nomme Jean-Luc Djéa, écrivain, lauréat de plusieurs concours littéraires ; il est actuellement le secrétaire général de l’Association des Ecrivains de Côte d’Ivoire. Nous avons initié la collection POLICE TROPICALE. Comme son nom l’indique collection  nous éditons des romans policiers dont la trame reflète les réalités socio- politiques ou économico- historiques de l’Afrique et par ricochet la Côte d’Ivoire… Déjà paru : Crimes à N’glowama , à paraître incessamment La rançon ; collection POLITIQUE, ce sont des essais politiques : déjà parus Le sphinx ;    Histoire récente de la Côte d’Ivoire, Le sphinx aux portes du palais . Nous avons également la collection SENTIMENTAL. A paraître : Tentation, Comme un feu mal éteint.   La liste n’est pas exhaustive… Collection ETUDE, ce sont des ouvrages de référence. Déjà paru : Comment vaincre le stress. Nous avons des collections classiques telles LITTERATURE GENERALE (Roman, Nouvelles, Poésie…). Déjà paru : Le prix de la fortune. Nous envisageons de créer un concours littéraire. Ce concours a pour but de favoriser et d’encourager la création littéraire et de participer à l’éclosion d’un Ivoirien de type nouveau. Et surtout de promouvoir des talents naissants. Ah ! J’oublie (Rires) Sésame Editions est située dans la commune de Cocody -Angré.

           225 49 31 07 76  
           225  05 03 45 15
           225 44 67 68 05
           225 22 42 34 36

E-mail : sesameedition@yahoo.fr

9. Quelques références d’œuvres sur lesquelles tu as apporté ta touche ?

En 2003, je  rencontre Isaïe Biton Koulibaly aux NEI. Il me  parle de son fan-club, de sa présidente Ginette Amani et de ses activités. Et aussi de son manuscrit : Et pourtant, elle pleurait. Satisfait nul doute de ma correction, il m’a demandé  de faire la quatrième de couverture. C’était le premier livre que je corrigeais…J’avais peur de décevoir ce grand écrivain. Dieu merci, les critiques ont bien accueilli cette œuvre. D’ailleurs, Et pourtant, elle pleurait publié chez Frat Mat éditions en 2005 au plus fort de la crise armée ivoirienne a été imprimé plus de cinq fois et a vendu à plus de dix mille exemplaires. Cette œuvre, à bien des égards, est devenue un best seller. Comme on n’est point prophète chez soi, c’est au Mali que cette œuvre a été primée…Pour ce même auteur, il y a La bête noire. La puissance de la lecture et bien d’autres œuvres…J’ai écrit la quatrième de couverture des romans  La Magie du Livre et Cri de Douleur de Claire Porquet, après correction. Cri de Douleur, je l’ai aussi restructuré, reconstruit. Le Prix de la fortune d’Assouma Kouadio Bertin, dit Wogny, un recueil de nouvelles. Ce recueil je l’ai non seulement restructuré, reconstruit, mais j’ai été également le préfacier. J’ai aussi écrit la quatrième couverture de l’ombre d’Imana, Voyage jusqu’au bout du Rwanda, roman de 137 pages écrit par Véronique Tadjo, Grand prix littéraire d’Afrique noire 2005 pour l’ensemble de ses oeuvres et publié chez les Editions Livre Sud (Edilis). J’ai porté ma touche au recueil de nouvelles de Mari Constance Komara  Je n’attends que toi. (Edilis). Il y a également Comment vaincre le stress de Salia Ouattara ; sans oublier les textes quand j’étais consultant à Vallesse Editions.  La liste n’est pas exhaustive…

10. Est-ce que tu as déjà publié des œuvres littéraires ? Si oui, lesquelles ?


Pas encore (Rires…). Mais,  j’ai au moins quatre manuscrits dans mes tiroirs : un roman et deux recueils de nouvelles et un recueil de poèmes. Je compte les publier incessamment.


11. Est-ce que tu peux donner quelques conseils aux jeunes auteurs quant à la présentation de leur texte et à la mise en page.

La  mise en page et la présentation d’un texte,  c’est le travail de l’éditeur. C’est l’éditeur qui,  selon le volume du manuscrit, la population cible, les résultats attendus et les exigences du marché du livre,  fait la mise en page. L’auteur peut proposer la couverture. Mais l’éditeur a le dernier mot. En revanche,  je tiens à  dire aux jeunes auteurs   que lire et écrire vont de pair. Et  que les  grands écrivains sont ceux qui ont lu et qui  lisent encore  beaucoup. Ce sont de grands lecteurs ; car celui qui ne lit pas ne sait pas faire de phrases intelligibles, ne peut pas  non plus faire d’analyse. Il ne peut pas se projeter dans le temps pour mieux scruter l’horizon. Il ne peut pas questionner le temps, l’espace. Surtout les événements historiques ou socio – politiques. Il est incapable de construire un personnage, de refaire le monde, de recréer le monde. Alors, Yehni, si tu veux être un grand écrivain,  il faut être un grand dévoreur de livres ; c’est par la lecture qu’on acquiert un  style et au fil du temps l’on se forge, se donne un style. Le style se cultive…

12. Quels sont tes tarifs ?

Le rewriting coûte cher. Car il faut réécrire le texte en lui donnant une fin plausible. Le correcteur se met à la place de l’auteur, pénètre dans la conscience, dans l’être de l’auteur pour modifier la trame première pour que la seconde trame s’ourdit, se noue, se dénoue… Comme tu le constates, Yehni, le rewriting c’est donner une certaine texture au manuscrit. On ne peut pas payer un travail intellectuel… Je donne mes tarifs selon le volume du manuscrit et le volume du travail à effectuer.

13. Comment peut-on te joindre ?

Au terme notre entretien, je tiens à dire en paraphrasant Simone De Beauvoir  qu’on ne naît pas écrivain on le devient. On le devient en dévorant les livres, on le devient en ayant un bon guide, un bon coach. C’est pourquoi j’ai décidé à faire du coaching.


 En effet avec la somme d’expériences acquises à travers les différents jurys des concours littéraires et les corrections des livres, nous avons mis- des amis et moi- de façon informelle un cabinet littéraire en place. Ce cabinet est composé de spécialistes de la littérature, du cinéma. Ce cabinet se donne pour mission de corriger les manuscrits, de réécrire si possible les manuscrits mal écrits, mal structurés. Nous donnons aussi des cours d’écriture aux écrivains qui veulent se perfectionner et surtout aux écrivains en herbe, aux auteurs qui veulent faire leur premier pas dans le monde littéraire. Je souligne que ces cours se donnent  par module. Comment écrire un poème, un roman, une nouvelle, une pièce de théâtre, des scenarii. A la fin de chaque séance ou module, il y a des exercices d’application pour vérifier si l’apprenant a bien appréhendé les cours. Nous pouvons par exemple avec l’apprenant prendre comme prétexte son manuscrit pour travailler ou bien toujours avec son contentement travailler sur son manuscrit tout en lui donnant des cours. Nous fonctionnons comme un atelier d’écriture. En ce qui concerne les tarifs, comme je l’ai dit plus haut, on les fixe selon le volume du travail à effectuer. N’ait pas peur Yehni, les tarifs sont bien étudiés. Voici mes contacts : 225 07 30 45 37 ; 225 60 13 90 26. Mon  mail : augustegnalehi@hotmail.com



  Interview réalisée par Yehni Djidji

mercredi 13 juillet 2011

ENTRETIEN AVEC...BLAN'KO GBICH

 Les Ivoiriens aiment la lecture. Seulement, il faut leur offrir ce qu’ils aiment...
 ...On peut passer des années pour trouver un éditeur pour son premier livre et seulement quelques jours pour le second…


1-Qui est Blan'ko Gbich ?

Blan’ko est le pseudonyme que m’a attribué le DP du journal Gbich  et Go Magazine, quand j’y ai été engagé comme journaliste-correcteur. Blan’ko pour blanco, vous savez, ce produit qui permet entre autres d’effacer les taches d’encre sur du papier. Sinon, mon nom à l’état civil est Oumar Ndao. Je suis journaliste et écrivain. Également responsable du Département Éditions de Go Média. De nationalité sénégalaise, je vis en Côte d’Ivoire depuis 1988.

2-Combien d’œuvres as-tu déjà publiées ?

Je suis auteur d’un recueil de nouvelles intitulé Corps et Âme , paru en 2003 aux Nouvelles Éditions Ivoiriennes.

3-Une dédicace dans les jours à venir ?

Non, aucune. Je suis plutôt en train de peaufiner mon second livre dont la publication est programmée, si tout va bien, en septembre prochain aux Éditions Go Média.

4-Que recherches-tu dans l’écriture ?

Je ne sais pas vraiment. Tout ce que je sais, c’est que je prends beaucoup de plaisir à raconter des histoires. J’ai commencé à m’y mettre très tôt. Je devais avoir seize, dix-sept ans… Sans penser forcément à me faire éditer. Et je n’ai plus arrêté. L’écriture occupe une place importante dans ma vie aujourd’hui. Et j’essaie de me farcir vaille que vaille un minimum d’une page tous les soirs avant d’aller au lit. C’est une véritable passion pour moi. Mais je n’écris pas forcément pour gagner de l’argent. C’est devenu une véritable nécessité. Il faudrait peut-être que je voie un psychanalyste pour m’expliquer pourquoi j’ai cette rage de noircir des pages… (rire) !


5-On décrie souvent la lenteur du processus éditorial en Côte d’Ivoire, peux-tu partager avec nous ton expérience ? Quels sont les étapes et le temps que tu as mis avant que ton manuscrit  ne soit validé ?


Tu as tout à fait raison. Il est extrêmement compliqué de se faire éditer en Côte d’Ivoire. Tellement, qu’il y a de quoi décourager les jeunes auteurs. La première maison à laquelle je m’étais adressée m’avait fait comprendre que je devais mettre la main à la poche en même temps que je déposerais mon manuscrit. C’est vous dire… Par la suite, on m’a conseillé les Nouvelles Éditions Ivoiriennes. Là aussi, il m’a fallu plus de douze mois avant d’avoir une réponse. Et près de six mois (correction, confection de la couverture et impression) avant de tenir mon bouquin dans la main. Plus tard, en décembre 2009, j’ai déposé un second manuscrit. Il y est encore… A mon avis, la patience est de mise. Quand on voit le nombre de manuscrits entassés dans le bureau du directeur littéraire, on comprend tout de suite.

6-Où peut-on trouver tes livres ?

Dans toutes les librairies et grandes surfaces, en principe. On est sûr de le trouver dans Les Librairies de France.

7-On dit que les ivoiriens n’aiment pas lire. Quel est ton point de vue ?

Je ne suis pas tout à fait d’accord avec cette assertion. Les Ivoiriens aiment la lecture. Seulement, il faut leur offrir ce qu’ils aiment. Je te donne un exemple. Les Coups de la vie Tome 1 s’est vendu à plus de quinze mille exemplaires en moins de quatre mois. Je ne parle même pas de Savoir Aimer de Biton Coulibaly qui s’est vendu également comme de petits pains. Eh bien, contrairement à Go Média qui accompagne ses auteurs par une publicité suivie et ciblée, certains de nos éditeurs vous oublient dès que vous avez fait avec elle la première dédicace. C’est ce qui explique d’ailleurs que c’est dans les premiers mois que vous vendez quelque peu. Ensuite vous vous retrouvez tout seul à vous débattre pour ne pas laisser mourir votre livre. Plus aucune pub. Pas de visibilité et donc pas de ventes. L’autre aspect, qu’il ne faut pas négliger, c’est le prix souvent trop élevé du livre.



8-Tu es responsable du Département Edition à GO MEDIA qui a publié “Le best of les coups de la vie” devenu BEST-SELLER. Quels sont les ingrédients de ce succès selon toi ? 

D’abord, “Le best of les coups de la vie”, c’est une rubrique à succès du journal Go Magazine, qui a donc déjà son lectorat. C’est une page qui permet aux lectrices et lecteurs de partager leurs expériences, leurs secrets… Ceux qui le peuvent écrivent à Madame Anzata Ouattara, ou alors ils se déplacent et elle recueille et traite leurs confidences. “Le Best of Les coups de la vie” est une compilation de ces histoires. On a la chance de disposer de plusieurs supports. Les journaux Go Magazine, Gbich !, Roman-Photo, Allo Police, les différents sites qui accompagnent nos journaux... Le département Édition de Go Média profite de tous ces supports pour la publicité. Nous organisons un grand nombre de cérémonie de dédicaces. Nous profitons aussi des espaces que nous réservent les confrères et les partenaires radio et télé. Bref, nous ne lésinons pas sur les moyens pour nous imposer. Ceci explique le succès de nos livres. Mais évidemment et surtout aussi, c’est leur qualité. Parce qu’on ne peut pas vendre n’importe quoi non plus aux gens. On aura beau être très offensif au niveau pub, si la qualité du produit laisse à désirer ça n’ira pas loin. Nous essayons donc d’être très rigoureux à ce niveau. 

9-Quels sont les défis que les jeunes maisons d’éditions comme celle de GO MEDIA doivent relever ? 

Nous avons pour le moment à notre actif  Les 3 tomes du “Best of Les Coups de la vie”, la bande dessinée “Les sorcières” de Kan Souffle (Tome 1&2), et “Savoir Aimer” de Isaie Biton Coulibaly. Et “Situation drap” de Mme Aline Apoutri en préparation. Le Tome 4 du “Best of les Coups de la vie” et “C’est Idiot d’aimer” de votre serviteur. Pour le moment, nous ne publions que des auteurs-maison. Le grand défi, c’est d’arriver à s’imposer durablement et arriver à être présents hors de nos frontières.


10-A quand une ouverture au grand public ?

Ça ne saurait tarder. Nous n’allons pas nous arrêter bien entendu aux auteurs de la boite. Déjà, nous recevons beaucoup de manuscrits du grand public pour emprunter votre  expression. Nous n’oublions pas lesdits manuscrits dans un tiroir. Nous les confions à notre comité de lecture, qui y travaille déjà. Et nous attendons son avis avant de nous lancer. Mais ça ne saurait tarder.

11-Des conseils aux jeunes écrivains ?

Je crois qu’au vu de tes écrits, tu es bien placé pour leur donner des conseils. La seule chose que je peux vraiment dire, c’est que le talent seul ne suffit pas. Il faut du travail et surtout de la rigueur. Je vais citer Bernard Weber qui disait : On dit que pour réussir, il faut trois choses : le talent, le travail et la chance. Mais que deux suffisent. Talent plus travail, on n'a pas besoin de chance. Talent plus chance, on n'a pas besoin de travail. Travail plus chance, on n’a pas besoin de talent. Vu qu'on ne peut pas agir sur la chance, mieux vaut donc le talent et le travail. »
Ensuite, une fois qu’on a son manuscrit terminé en main, il ne faut pas hésiter à le soumettre à plusieurs éditeurs à la fois. Et surtout ne pas se décourager si on tarde à le faire éditer. Si votre manuscrit est rejeté, n’hésitez pas à reprendre le travail. Beaucoup d’auteurs à succès ont vu leurs premiers manuscrits rejetés par des éditeurs. Tout simplement parce que c’était d’illustres inconnus. Bref, si l’écriture est pour vous une passion, ne baissez jamais les bras. On peut passer des années pour trouver un éditeur pour son premier livre et seulement quelques jours pour le second…

12-Je te remercie pour ta disponibilité!

C’est moi. Et félicitation pour ce que tu fais.


Interview réalisée par Yehni Djidji

samedi 9 juillet 2011

ENTRETIEN AVEC...CEDRIC MARSHALL KISSY

La lecture, lorsqu’on y prend goût, nous forme et nous informe. Que ceux qui en ont horreur se ressaisissent. Il n’est pas tard pour bien faire.


1-Qui est Cédric Marshall KISSY ?

Je suis étudiant ès licence de lettres à l’université d’Abidjan-Cocody. Je réside à Cocody, à la cité des arts quand bien même il m’arrive parfois d’être en famille à Bonoua, ville dont je suis d’ailleurs originaire. Je suis issu d’une famille de 5 enfants dont je suis le 2e enfant et le seul fils (J’ai 4 sœurs, Evelyne, Liliane, Laetitia et Alexandra, que je salue au passage).

2-Tu as été lauréat du concours manuscrit d’or 2009. Les promesses faites ont-elles été tenues?

Les promesses ? (Rires). J’ai reçu mes lots tels que indiqués. Seulement, il est un bémol, un hic qui « gâche » la fête. Il s’agit de la publication du recueil collectif censé regrouper tous les textes primés. Cela aurait certainement permis de découvrir l’œuvre des nombreux autres lauréats. J’ignore les raisons qui ont entraîné cela, à moins que la situation politique du pays y soit pour quelque chose. Je ne vais donc pas en vouloir à l’éditeur, tout en espérant que le recueil soit publié dans la mesure du possible.

3-Quels sont les lots que tu as remportés ?

Avec le 1er prix, j’ai reçu :
- Un « Netbook » (Sorte d’ordinateur, vraiment lilliputien)
- Un téléphone fixe (dont je devais moi-même payer les factures « RIRES)
- Une connexion ADSL (3 mois de connexion gratuite)
- Quelques gadgets (T-shirt, stylo…)
- Des livres
- Une prise en charge pour une formation en BTS (Que je n’ai moi-même pas retiré « RIRES »)
- Inscription au centre culturel allemand pour un an je crois bien !


4-Quel a été l’impact de ce concours sur ta vie et particulièrement sur ta carrière ?

Pour la petite histoire, je me suis mis à écrire des poèmes après avoir lu le texte « Retour » (in La ronde des jours) de Bernard Dadié. Mais pour être franc, je n’écrivais que pour me faire plaisir. Le jour où j’ai eu la grâce divine d’être sacré « Manuscrit d’or » (1er prix en poésie) alors que je n’avais pas pu soumettre mon texte à correction auprès d’un éventuel aîné ou correcteur – c’est-à-dire avant de le déposer – j’ai compris que mon travail était loin d’être de la fumisterie. J’ai alors davantage pris au sérieux mes productions.

5-Que recherches-tu dans l'écriture?

Avec l’écriture, je veux surtout rencontrer des personnalités, du monde littéraire notamment. Et essayer d’inscrire mon nom dans le fleuron de la littérature ivoirienne. Cette tâche, cette quête, je le sais, ne sera pas une sinécure, j’en suis conscient. Mais « qui veut peut » !

6-Combien d’œuvres as-tu déjà publiée ? Et dans quelles maisons d’éditions ?

A ce jour, j’ai publié deux (2) recueils de poésie, qui sont
- Ciel d’Amour, terre de haine (à Edilivre, en France)
- Tréfonds de cœurs de pierre (aux Editions Harmattan, Paris, France).

7-Pourquoi avoir publié tes livres à l’étranger ? Est-ce lié à des difficultés rencontrées au niveau des éditeurs ivoiriens ?

Très belle question, d’une pertinence viscérale dirais-je ! Si toutes mes publications à l’heure actuelle ont été faites à l’extérieur, en France précisément, ce n’est pas par complaisance. Tant s’en faut ! Au contraire, comme votre question le laisse entendre, cela s’explique par un certain nombre de difficultés réelles. Les Editeurs ivoiriens mettent un peu trop de temps sur les manuscrits que nous leur proposons. A titre d’exemple, j’ai proposé un manuscrit à un Éditeur dont je tairai le nom pour éviter toute polémique, mais après 1 ans 3 mois, je n’ai encore reçu aucun signal. C’est désolant ! C’est fâcheux ! C’est triste. Un Éditeur sérieux, selon moi, ne devrait pas mettre plus de 4 mois à étudier un manuscrit. C’est de la négligence outrée !

8-Quelles sont les démarches que tu as effectuées avant d'être accepté chez Edilivre et à l’harmattan?

Les démarches sont quasiment les mêmes, sauf que des deux, l’Harmattan, c’est avant tout un Éditeur mondialement connu. Il s’agit de préparer son manuscrit, en évitant au maximum les fautes, (c’est très important de proposer un projet propre, impeccable). Après l’avoir imprimé et relié, il n’y a plus qu’à l’expédier à l’adresse de l’Editeur souhaité, sans oublier de marquer ses nom et prénom, ses coordonnées (Adresse postale, ville, pays). Après 2 mois en moyenne, l’auteur reçoit par voie postale, le verdict du comité de lecture. Il ne faut pas perdre de vue que le plus clair des grands Editeurs ne publie pas de poésie (Ex : le Seuil). Alors, il serait intéressant de vérifier Ce que j’apprécie chez les Editeurs de l’étranger, c’est que la personne de l’auteur ne leur importe peu (élève ? étudiant ? travailleur ? …) Ils s’en tamponnent le coquillard (s’en foutent). Ils ne se fient qu’aux écrits proposés lors de l’évaluation. Du coup, chacun a sa chance, pourvu que le travail proposé soit sérieux, et non de la fumisterie.

9-Pourquoi avoir choisi le genre poétique pour t’exprimer ?

J’ai surtout opté pour la poésie pour son sens de la sensibilité et pour les jeux de mots et autres transpositions de sens qu’elle permet. J’adore cette particularité qu’elle offre. Mais j’aimerais signifier que je ne me limite pas qu’à la poésie – mon genre préférentiel –. J’ai produit des romans et des recueils de nouvelles qui paraîtront le moment venu.

10-On dit que les ivoiriens n’aiment plus lire. Quel est ton point de vue à ce sujet ?

C’est une réalité - une bien triste réalité-. Je me dis qu’au fond, ceux qui abhorrent la lecture, et les livres par ricochet, ignorent totalement ce que l’on peut en tirer. Il faut faire face, aujourd’hui, à l’évolution. Tu as beau être le plus grand mathématicien de la Côte d’Ivoire, tu ne t’exprimeras oncques avec des « a+b=c » ou des 2x2 et j’en passe. Un médecin à son tour ne parlera pas d’Alzheimer, de schizophrénie (maladies) ou toute autre chose de ce genre, pendant qu’il sera avec un groupe d’amis ou d’illustres personnalités. J’éviterais de parler de l’économiste et tous ses termes sui generis (spécifiques), de peur d’être long. Tout ce babil, simplement pour dire que la lecture ; lorsqu’on y prend goût, nous forme et nous informe. Que ceux qui en ont horreur se ressaisissent. Il n’est pas tard pour bien faire.

11-Peut-on trouver tes livres dans les librairies ivoiriennes ? Comment peut-on se les procurer ?

Pour ce qui est des livres, le premier n’est disponible que sur commande (sur www.edilivre.com) Quand au second livre « Tréfonds de cœurs de pierre », il sera bientôt accessible à la librairie des Editions l’Harmattan situé à Cocody, vers l’Ecole Nationale de Gendarmerie. Le retard accusé est dû à la crise que nous avons tous endurée. Je profite de cette parenthèse pour inviter tous les ivoiriens à plus de discernement à l’avenir pour obvier à un pareil drame, un tel carnage, une telle hécatombe.
12-Le langage dans lequel tu t’exprimes est plus qu’étonnant pour un jeune ivoirien, parles-tu de temps en temps le nouchi ? (Rires) Qu’est-ce que tu penses de cet argot ?
Waouh ! Quel honneur… Merci ! J’essaie au mieux de peaufiner mon expression. L’écriture l’exige, je crois. Même si en même temps, j’évite autant que faire se peut d’être hermétique, d’être incompréhensible. Pour revenir à la question, je concède ; j’avoue qu’il est rarissime de m’entendre parler « nouchi ». Une anecdote à ce propos, lorsque je suis avec mes amis, notamment sur la fac, lorsque je sors un mot nouchi, ça crée un « tollé », un petit soulèvement (Rires). Je crois que cela est dû au milieu dans lequel j’ai grandi. Je n’étais pas souvent en contact avec les jeunes de l’extérieur, excepté à m’école. Je suis un casanier en général, c'est-à-dire quelqu’un qui aime rester chez soi. L’habitude m’est restée. S’agissant de cet argot, je pense que c’est une bonne chose, car relevant du « made in Cote d’Ivoire ». Il existe même un roman écrit dans ce dialecte. Seulement, les ivoiriens, surtout les jeunes, doivent apprendre à faire la part des choses. A chaque milieu son langage. C’est déplorable que des élèves s’expriment en nouchi pendant les cours. C’est cela, le nœud, l’écueil, le problème que je fustigerais.


13-Un conseil aux jeunes ivoiriens qui veulent se lancer dans l'écriture?

Je dirais dans un premier temps, à ceux qui le pensent à tort, que l’écriture est loin d’être l’apanage des littéraires. Moult scientifiques sont aujourd’hui de brillants écrivains. Deusio, à ceux qui souhaitent s’aventurer dans l’écriture, je dirais que tout est une question de volonté. Il faut vouloir avant tout. Et il est bon de lire d’autres auteurs afin d’éventuellement s’en inspirer pour donner une certaine orientation à ses idées, à ses productions.
Je reste disponible pour tous ceux qui auraient des préoccupations sur quelque question que ce soit. usmarshallone@yahoo.fr

14-Merci pour ta disponibilité !

Interview réalisée par Yehni Djidji

mercredi 6 juillet 2011

ENTRETIEN AVEC...JOSUE GUEBO

L’Association des Écrivains de  Côte-d’Ivoire  doit véritablement aller à la recherche des jeunes talents, œuvrer à leur formation par des ateliers réguliers, des séminaires, voire des bourses et des résidences d'écriture.



1-Qui est Josué Guébo

Josué Guébo est un  petit guitariste qui s’est mis à rêver un matin  de poésie et de philosophie. Pour la poésie,  certains critiques, comme le réalisateur Marc-Laurent Turpin lui ont fait l’amitié de le déclarer – avec une exagération évidente –  « supérieurement alerte ».  Pour la philosophie, un gentil  jury l’a fait Docteur, non sans y ajouter une mention très honorable et d’autres choses tout aussi ronflantes. Mais Josué Guébo ne se laisse pas corrompre. Il reste guitariste, sans plus. Au plan familial, il répond, sauf erreur ou omission de sa part, de deux charmants garçons.  Pour ne pas  faire de jaloux il évitera de dire qu’il file le parfait amour avec son épouse, la mère de ses deux lieutenants …

2-Tu as été super lauréat du concours manuscrit d’or 2007, dans les catégories nouvelles et poésies. Les promesses faites ont-elles été tenues?

Oui la maison d’édition Vallesse, que je salue au passage, a tenu toutes ses promesses. Elle m’avait promis deux ordinateurs. Elle me les a livrés avec célérité. Je les ai vendus avec la même diligence, vu que j’avais déjà un ordinateur. Vallesse m’avait aussi promis des livres et l’édition de mes deux textes primés, elle n’a  failli à  aucune de ses promesses.

3-Quel a été l’impact de ce concours sur ta vie et particulièrement sur ta carrière ?

La carrière,  la vie sont  de bien grands mots, rapportés  à un concours de ce type ! Déjà en 2000, l’Association des Ecrivains de  Côte-d’Ivoire – l’AECI des grands jours si j’ose dire – m’avait déjà décerné un premier prix national poésie. Etre manuscrit d’Or n’a  donc pas spécialement  modifié  le timbre de ma voix. Par contre, c’est toujours très rassurant d’être primé.

4-AECI des grands jours? As-tu des reproches à adresser à cette association telle qu'elle se présente aujourd'hui? Des suggestions?

Oui, je pense que l'AECI, malgré le travail formidable réalisé par le Président Foua de saint-Sauveur, n'a pas forcément été à la hauteur des attentes de la littérature ivoirienne. Il y a une réelle cassure générationnelle dans nos lettres. Ce qui a manqué à cette décennie, c'est le mécanisme de l'émulation. Le dernier concours de Littérature auquel l'association nous a donné de participer remonte, à ma connaissance, à 2000. Une oeuvre collective avait d'ailleurs été promise à la suite du concours. Bandama est parti, cela fait onze ans aujourd'hui et pas une seule page de ce livre n'a été réalisée. A mon humble avis, l'AECI doit véritablement aller à la recherche des jeunes talents, œuvrer à leur formation par des ateliers réguliers, des séminaires, voire des bourses et des résidences d'écriture.
En tant que principale association des gens de Lettres de ce pays, cette association, de mon point de vue, n'est pas à la hauteur de la Côte d'Ivoire. Il faut rendre à cette structure sa réelle dimension et son authentique vocation!

5. Que recherches-tu dans l'écriture?

La question  que je poserais volontiers   serait « que recherche l’écriture en moi ». C’est que je ne perçois pas l’écriture comme une activité heuristique.  Dans la lecture oui, on peut rechercher quelque chose  mais pas dans l’écriture à mon avis, parce que finalement l’écriture est plus en moi que je ne suis en elle. Qu’est-ce qu’elle me veut ? Pourquoi me cherche-t-elle des poux, même tard dans la nuit, alors que je converse tranquillement dans un coin d’alcôve ? Que me veut-elle à la fin ? Quand l’écriture m’aura avoué ses intentions, je lui déclarerais aussi mes marchandises !
 
6-Combien d’œuvres as-tu déjà publiées et dans quelles maisons d’édition ?
 
À ce jour, six œuvres publiées dont deux collectives  et quatre  individuelles, toutes de poésie. Dans l’ordre « L’or n’a jamais été un métal » publiée à Abidjan, aux Editions Vallesse en 2009,  « D’un mâle quelconque » publiée à Paris aux Editions Apopsix en 2010, puis « Carnet de doute » et «  Mon pays, ce soir », publiées fin juin 2011 à Dakar aux Editions  Panafrika/Silex/Nouvelles du Sud. Au plan collectif, il y a « La paix par l’écriture » parue à  Abidjan aux Editions Vallesse en 2007, et « Des paroles de Côte-d’Ivoire pour Haïti, notre devoir de mémoire », publiée également à  Abidjan Aux Editions Ceda/Nei, en 2010.


7-Pourquoi avoir choisi la poésie pour t’exprimer ?

Je me sens poète mais je ne compte pas limiter le champ de mon écriture à ce seul horizon. Et puisque je n’aime pas communiquer sur les projets, mon propos sur ce sujet, si tu le permets, pourrait s’arrêter  là.

8-On décrie souvent la lenteur du processus éditorial en Côte d’Ivoire, peux-tu partager avec nous ton expérience avec Vallesse éditions ? Quelles sont les étapes et le temps que tu as mis avant que ton document ne soit validé ?
Oui, les textes que j’ai publié en Côte-d’Ivoire sont ceux dont la réalisation a été la plus lente. « L’or n’a jamais été un métal » n’a pas passé moins d’une année dans les tiroirs de mon éditeur. J’avoue quand même y avoir une part de responsabilité puisque je n’étais pas toujours pressé de rendre les épreuves corrigées. Pas pressé, non plus, d’effectuer telle ou telle démarche que me demandait de réaliser l’éditeur. Disons que j’ai soumis mon texte à Vallesse qui l’a fait évaluer par son comité de lecture. Quand il a reçu l’accord favorable, l’éditeur m’a recontacté pour me soumettre une variété de possibilités de partenariat  et les pourcentages liés à telle ou telle option. L’éditeur et moi avons convenu  d’un contrat de coédition. En clair, j’ai dû contribuer financièrement à la réalisation du livre, l’édition de la poésie comportant au plan commercial un certain risque.

9-Penses-tu que ton statut de super Lauréat à la première édition des Manuscrits d’or organisée par Vallesse éditions t’a fait bénéficier d’un traitement de faveur ?

Pas de traitement de faveur mais de capital de sympathie. Vallesse n’est pas une maison complaisante et cela se ressent  dans l’ascension fulgurante qu’elle connait depuis sa création.  La maison m’a signifié sa volonté de m’éditer, conformément  au rôle qu’elle s’est entre autre assignée : promouvoir ceux qu’elle estime de nouveaux talents. Cela dit,  je n’en ai pas  moins été  soumis à un comité de lecture qui a  jugé, jaugé,  pesé et soupesé ce que je proposais. C’est avec l’accord favorable de ce jury que mon texte a pu  faire son entrée en vitrine.

10-Quelles sont les démarches que tu as effectuées avant que ton manuscrit soit accepté par Apopsix ?

Alors, pour Apopsix, c’est une histoire à écrire debout.  Février 2010, je réalise  un texte et  recherche sur le net  des éditeurs, en m’adressant à cinq d’entre eux qui autorisent les candidats à envoyer leurs œuvres par fichier électronique. Je trouve cela inouï. Ca me change de la  bonne vieille procédure sclérosée qui vous rouille les articulations. Je saute sur l’occasion. Les  maisons  sollicitées sont favorables.  Elles me font parvenir un courrier d’accord et un contrat en bonne et due forme. Tout cela, en moins d’un mois. Je jubile et  signe avec la maison qui m’a répondu en premier : Apopsix. Le contrat est hyper-sympa et  les échanges avec les animateurs de la maison  plus  que cordiaux. Certains amis me conseillent de me méfier d’une éventuelle arnaque. Mais  je leur dis que je ne sais pas ce qu’un poète aurait  à perdre. En clair, je n’ai effectué aucune démarche particulière. En un clic, j’ai été publié, simultanément en France, en Belgique, en Suisse et au Canada. La maison possède un important réseau de distribution en librairie « papier » comme virtuelle.  De toutes mes œuvres, aucune n’est aussi accessible à l’achat, à l’échelle mondiale, que celle  publiée chez Apopsix !

11-Et les Editions Panafrika/Silex/Nouvelles du Sud ?

Pour les Editions Panafrika/Silex/ Nouvelles du Sud, j'ai d'abord écrit à l'éditeur qui est l'immense poète Camerounais Paul Dakeyo, pour lui dire que j'avais des textes poétiques à lui soumettre en vue de publication éventuelle. Il m'a demandé de lui faire parvenir mes écrits par courrier postal, aux adresses suivantes Editions Panafrika/Silex/Nouvelles du Sud. BP 16 658 Dakar Fann. Sénégal ou à Paris: Bâtiment 1446 rue Barbès. 94 200 Ivry/Seine.  La maison ne traite pas les envois électroniques. Au bout de deux mois, il m'a écrit et m'a signifié son accord favorable. La réalisation des œuvres, elle-même, n'a pas excédé les deux mois. A cette heure, les deux œuvres sont en lice pour le Prix Ivoire de l'Association Akwaba.

12-Avais-tu protégé tes manuscrits avant de les envoyer dans ces maisons d’édition? Pourquoi ? Si oui, comment ?

Non, je n'ai jamais pris cette précaution. On me l'a reproché. Je trouve tout à fait fondée la remarque dont j'entends tenir compte désormais. La procédure ne m’est pourtant pas inconnue. Déclarer son texte au Bureau Ivoirien des Droits d'Auteur à hauteur de 25 000 F, si je ne m'abuse. C'est une démarche que j'ai respecté pour la déclaration de certaines de mes œuvres musicales...

13-Tu as fait partie du nombre restreint d’écrivains qui ont participé à une œuvre collective sur Haïti ! Peux-tu nous parler de cette expérience ?

Je n’ai pas fait que participer à cette œuvre à laquelle ont  contribué, entre autres, des universitaires tels que Charles Nokan, Sery Bailly, Tanella Boni, Amoa Urbain et des écrivains comme Hyacinthe Kakou, Josette Abondio, Tiburce Koffi,  Regina Yaou, Henri N’Koumo, Arsène Ablo, Maurice Bandama ou Véronique Tadjo. Le Président Laurent Gbagbo,  humaniste qui, on l’oublie trop souvent, a donné à ce pays, à l’Afrique et à toutes les diasporas noires de la planète, une Société savante, l’Ascad, le Président Laurent Gbagbo, disais-je, a signé la préface de ce livre intitulé « Des paroles de Côte-d’Ivoire pour Haïti, notre devoir de mémoire ». Cette expérience m’a particulièrement marqué, parce qu’elle a  révélé une Côte-d’Ivoire unie, par delà ses divergences politiques et sociales, autours d’une cause commune. Des personnalités de toutes obédiences ont accepté de  faire chorus et cela a donné  une œuvre d’une très bonne qualité. Ce livre fera date.

14-On dit que les ivoiriens n’aiment plus lire. Quel est ton point de vue?

On ne peut  pas dire une telle chose du pays qui a  quand même inventé la technologie électorale et la titrologie. Vous savez, nous sommes une nation savante. Il se fait juste que nos universités sont passées de la bombe lacrymogène à la bombe tout court. C’est un progrès intellectuel que tout homme bien-pensant  saluera, tu en conviens. 

15-Où peut-on acheter tes livres ?

Dans les librairies de Côte-d’Ivoire et dans certaines en Europe ou en ligne par commande. Vous lancez une recherche à partir  de «  Josué Guébo » sur un moteur comme Google. Plusieurs occurrences s’afficheront concernant des boutiques virtuelles où mes livres sont disponibles.

16-Une dédicace est-elle prévue dans les jours à venir ?

Si Dieu le permet, je m’y prêterais volontiers.

17-Un conseil aux jeunes ivoiriens qui veulent se lancer dans l'écriture?

Les amis,  il y a de la place pour tous, ne baissez pas les bras. Même si des éditeurs ont pu rejeter  vos textes, il n’est  pas question de perdre courage ! Vous allez certainement y arriver. Si certains ont pu, il n’y a pas de raison que vous ne puissiez pas !

18-Merci pour ta disponibilité!

C’est moi qui te remercie et t’embrasse volontiers !

Interview réalisée par Yehni Djidji

dimanche 3 juillet 2011

ENTRETIEN AVEC...LUISIANO N'DOHOU

L’action d’écrire est un peu comme le fait de porter une grossesse, car un livre est un enfant que l’on porte en son sein et à qui l’on donne vie à maturité… C’est sublime!


1-Qui est Luisiano N’dohou ?

Jeune ivoirien né dans les années 70 (un peu de mystère sur la date exacte), étude en Lettres Modernes (deuxième années),  Diplôme supérieur de Spécialité en Négociation et Communication Multimédia (PIGIER) et Master en Marketing (niveau). Je suis chargé du Marketing à la SNDI (Société Nationale de Développement Informatique)… J’ai quelqu’un dans ma vie, mais nous ne sommes pas encore sous le même toit… Pas d’enfant.

2-Tu as été Lauréat de plusieurs concours. Lesquels ? Quel a été leur impact sur ta vie et particulièrement sur ta carrière ?

• Lauréat au concours littéraire organisé par le Rotary Club d’Abidjan Biétry en 1995
• Lauréat au concours littéraire organisé par le CEDA (une nouvelle pour l’an 2000)
• Lauréat au concours littéraire organisé par l'APPEL (association parole et livre) et la Librairie de France (une nouvelle pour La Paix en 2003)
• Lauréat aux concours littéraires Adoras (Intimes Confidences en 2004 et 2010)
• Lauréat au concours littéraire organisé par l’Université John Hopkins
• Lauréat à la deuxième édition du concours de nouvelles du Fan Club Isaïe Biton Koulibaly en 2006

Ces concours m’ont permis de me faire connaître, et ont créé en moi l’envie d’écrire d’avantage, d’aller plus loin. Ils m’ont permis d’entrer aisément comme lecteur ou correcteur dans des maisons d’édition. En un mot, ils ont eu un impact positif sur ma carrière particulièrement dans le domaine littéraire.

3- Combien d’œuvres as-tu déjà publiées et dans quelles maisons d’éditions ?

Le masque de la siffleuse (Cercle Editions)
Comme une nuit de noces (Cercle Editions)
Jusqu’au mariage (Adoras)
Rendez-vous du bonheur (Adoras)
Je l’aime, pas nous ! (Adoras)

A côté de ceux-ci, il y a aussi des publications collectives issues de concours littéraires :
Une histoire pour l’an 2000 (CEDA)
Tournons la page (CEDA)
Intimes confidences (NEI)
Juste pour goûter (Université John Hopkins)

4-Une dédicace dans les jours à venir ?

Oui, mercredi 06 juillet 2011, salle Félix Houphouët-Boigny du District d’Abidjan à partir de 15H. Elle concerne le livre "je l'aime...pas nous", paru dans la collection ADORAS.

5-Comment es-tu arrivé à l’écriture ?

Le livre a toujours été présent dans ma vie, du faite de ma mère qui est enseignante. Je pense que le besoin d’écrire est né de mes nombreuses lectures… Au collège déjà j’écrivais des textes qui n’avait pas de genre clairement définis et qui relevaient à la fois de la nouvelle, de la poésie et du théâtre… C’est au fil du temps que j’ai pu canaliser tout ce bouillonnement que je sentais au fond de moi… J’ai la certitude que mon goût pour la lecture a été pour beaucoup dans l’écriture…


6-On décrie souvent la lenteur du processus éditorial en Côte d’Ivoire, peux-tu partager avec nous ton expérience avec les maisons qui ont publié tes différentes œuvres ? Quelles sont les étapes et le temps que tu as mis avant que tes documents ne soient validés ?

Cette lenteur est due à certaines contingences, surtout pécuniaires. Vous savez, une maison d’édition met assez d’argent dans la publication d’un livre, ensuite, il faut que ce livre soit vendu pour que l’éditeur puisse entrer dans ses fonds… Mais combien d’Ivoiriens entrent spontanément dans une librairie pour acheter un livre, juste pour se cultiver se divertir, etc. ? C’est un problème qu’il faut régler à la base, avec une aide réelle aux maisons d’édition pour ce qui concerne la publication d’ouvrages de littérature générale. 
Cependant, certains auteurs, surtout les plus connus ne connaissent pas cette lenteur dans le processus éditorial. Ils peuvent déposer un manuscrit dans une maison d’édition et 4 semaines après, le livre sort de chez l’imprimeur.

Pour ce qui est des étapes, quand le processus d’édition est enclenché, il y la prise en compte des remarques de l’éditeur… après discussions, parfois houleuse, car l’auteur également défend son point de vue. Ensuite ,un travail de réécriture ou d’intégration des remarques. Parfois, quand chacune des deux parties est pointilleuse, il peut y avoir plusieurs séances de travail… Cette phase peut prendre deux ou trois mois, selon l’importance du travail à accomplir.


7-As-tu recours à un correcteur avant de déposer ton manuscrit ?

Non, jusque-là, je n’ai pas eu recours à un correcteur avant de déposer un manuscrit dans une maison d’édition. J’ai moi-même une expérience de correcteur… J’ai fait ce métier pendant 3 ou 4 ans aux éditions CEDA.

8-Où peut-on acheter tes livres ?

On peut se procurer mes livres dans toutes les librairies de la place ou directement chez mes éditeurs (NEI et Cercles Editions).

9-Tu fais partie de l’association Akwaba Culture. Quels sont les objectifs de cette association et qu’est-ce qui a motivé ton adhésion ?

L’association Akwaba Culture veut faire la promotion du livre mais aussi et surtout de l’écrivain. A travers donc le Prix Ivoire pour la Littérature Africaine d’Expression Francophone, chaque année, un auteur africain est primé au cours d’un dîner Gala haut en couleur qui fait d’Abidjan un pôle des belles lettres africaines. En effet, l’association invite à cette occasion des sommités du monde littéraire pour célébrer le livre. Nous avons déjà convié à cet effet Séydou Badian, Aminata Sow Fall, Christian Diop (veuve du célèbre écrivain Anlioune Diop et Directeur général de Présence Africaine), Djibril Tamsir Niane, Cheick Amidou Kane, Boris Boubacar Diop et bien d’autres…

J’ai spontanément adhéré à cette association car ses objectifs sont nobles. A la faveur du Prix Ivoire, nous organisons également le concours de connaissance littéraires des lycées. Un questionnaire est soumis aux élèves pour évaluer leurs aptitudes dans le domaine littéraire. Nous voulons faire de ces jeunes de grands lecteurs pourquoi pas, de grands écrivains de demain.


10-On dit que les ivoiriens n’aiment plus lire. Quel est ton point de vue?

Beaucoup d’Ivoiriens lisent très peu en effet, mais il y a de très grands lecteurs, qui sont au fait de toute l’actualité littéraire du pays et cela est à encourager. Vous savez, lire est une activité qui ne naît par toujours spontanément, il faut que le pli soit pris, de préférence, assez tôt, quand on est encore tout frais, et qu’un rien peut émouvoir… Il est difficile d’amener des adultes à commencer à s’habituer à la lecture… C’est une des raisons pour lesquelles l’association Akwaba Culture fait la promotion de la lecture chez les jeunes, de sorte à ce que dans le futur, un nombre importants d’Ivoiriens soit de grands lecteurs… Ce n’est pas un rêve irréalisable si toutes les bonnes volontés s’y attèlent….


11-Des conseils aux jeunes écrivains ?


Écrire est une aventure passionnante. L’action d’écrire est un peu comme le fait de porter une grossesse, car un livre est un enfant que l’on porte en son sein et à qui l’on donne vie à maturité… C’est sublime… Mais ce n’est pas aussi facile qu'on le croit… Il y a des moments de page blanche, où l’on manque cruellement d’inspiration… Mais il faut persévérer… je demande donc à mes jeunes frères qui se lancent dans l’écriture d’être persévérants… d’accepter de perdre parfois leur loisir pour écrire… La récompense est au bout de l’effort. Je ne parle pas de richesse matérielle, sous nos cieux les écrivains ne sont pas millionnaires… Mais nous sommes riches de partager nos rêves, de divertir les lecteurs, de les faire voyager, de les inviter à nous rejoindre dans cette grande et belle aventure du livre et de la lecture…


12-Merci pour ta disponibilité!

C’est moi qui te remercie de m’avoir donné la parole pour dire ma passion du livre.

Interview réalisée par Yehni Djidji 

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