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jeudi 21 juillet 2011

TRESOR BRILLANT LA NOUVELLE COLLECTION DE VLISCO













NOUVELLE: VOYAGE VERS LA CAPITALE DE LA SOUFFRANCE...DE CEDRIC MARSHALL KISSY

C'est connu, les hommes ne pleurent pas. Et pourtant...devant la douleur, la peine, le chagrin ou la souffrance, il n'y a ni sexe fort, ni sexe faible.
Merci à Cedric Marshall Kissy pour sa contribution.

Le soleil, comme brusquement pris d’effroi, s’était couché plus tôt que d’ordinaire. Les oiseaux – ces sacs à bruit – , subitement devenus muets, voltigeaient sans un seul gazouillis au bec clos. Même le ciel n’avait pas fière allure ce soir, la terre encore moins. Depuis les vitres de son appartement situé au deuxième étage, Eddy fixait les passants qui se dépêchaient, qui pour héler le premier taxi, qui pour avaler moult kilomètres à pied. Mais plusieurs kilomètres à pieds, ça use… ça use les souliers, et les sandales, qui plus est.

Ses yeux larmoyants refusaient d’admettre, de concéder, de croire ce qu’ils avaient eux-mêmes vus. Ses nombreux amis qui essayaient de le réconforter par tous les moyens possibles et le persuader de reprendre le large, difficile et houleux boulevard de la vie s’en retournèrent désabusés, bredouilles et quelque peu échaudés. Non ! ils n’y parvenaient guère car pour Eddy, le soleil s’était éteint à tout jamais. Il aurait tout bonnement préféré ne plus être compté parmi les habitants de ce monde injuste qui évide les cœurs pourtant déjà vides de lueurs, combles de leurres au milieu des heurts qui pleuvent à toutes les heures…ce monde immonde qui ravit aux heureux les délices de leur vie, leurs bonheurs et leurs liesses…

Une semaine… une lourde semaine… une interminable semaine… une semaine abyssale… une semaine sempiternelle que tous ses rêves s’effondrèrent abruptement… une semaine maintenant qu’Eddy était à couteaux tirés et avec le ciel, et avec la terre, et avec Dieu lui-même. Oui, une semaine fuligineuse que la vie n’avait plus aucun parfum ni couleur pour lui. A un petit mois de son mariage qu’on annonçait un peu partout dans la ville, son mariage avec la plantureuse et lumineuse Line, ce trentenaire de cadre de banque n’avait jamais été aussi heureux de toute sa vie.

Un soir, rentré plus tôt que sa « fleur-de-ciel », il la contacta histoire de s’enquérir du lieu où elle se trouvait à cet instant, afin d’éventuellement passer la chercher. La voiture de cette dernière avait eu à en découdre avec une panne. Line le persuada de ne pas se déplacer, préférant plutôt l’option « militaire… » (Veuillez excuser le narrateur. Ce sont les effets de la crise. LOL) Que dis-je ? préférant l’option « taxi ». C’était aux entours de 19 heures. Depuis sa chambre, Eddy faisait gaiement le poireau. Il filmait et inspectait de ses yeux voyageurs et scrutateurs, tous les taxis qui s’aventuraient dans les parages. Après 15 bonnes minutes d’impatience, un taxi jeune s’immobilisa à quelques encablures du rez-de-chaussée. L’endroit était tout sombre car les réverbères du coin étaient malades. Nonobstant cette pénombre étanche, Eddy, en bon connaisseur, reconnut d’emblée la silhouette fort scintillante de sa chère et tendre Line, son bouquet de lys azuré. Au même instant, un camion, surgi de nulle part, percuta violemment le taxi tout interloqué.

Eddy poussa un cri de tonnerre et se précipita sur les lieux, affolé. Les secours arrivèrent avec le retard qu’on leur reconnaît. Line fut transportée de toute urgence vers les Urgences. Dans l’ambulance, elle ouvrit les yeux et fixa profondément son Eddy de toujours. Inspirant profondément, elle lui dit « que Dieu te protège au milieu de ces loups humains qui empestent ce monde. Adieu mon amour ! ». Après ces mots, elle expira. ces paroles étaient ses dernières… Eddy hurla si fort que toute la ville sut qu’un malheur venait de se produire… Il susurra aux secouristes qui le fixaient sans mot dire : «  mon cœur s’est arrêté de battre… »

Cédric Marshall KISSY, mardi 12 juillet 2011.

mardi 19 juillet 2011

ENTRETIEN AVEC...SERGE GRAH

Chez nous, la seule porte de survie d’une maison d’édition c’est le livre scolaire. Or, ce marché est presque exclusivement détenu par les maisons d’édition des pays du Nord à travers leur succursales ivoiriennes.


1-Qui est Serge Grah?

Serge Grah est un journaliste de culture qui travaille depuis bientôt 10 ans dans l’univers de l’édition en Côte d’Ivoire. Je suis actuellement chargé d’édition dans une maison d’édition de la place. Aidé d’un assistant, mon travail au quotidien consiste à coordonner le processus éditorial : la programmation annuelle des textes à éditer, le suivi éditorial (lecture, correction, mise en page, choix de l’illustration de la couverture, etc.) les relations avec les auteurs.

2- Peux-tu nous expliquer les différentes étapes par lesquelles passe un livre avant d’être édité ?

A la réception du manuscrit, nous le lisons et le faisons lire par le comité de lecture pour en évaluer sa qualité. Nous vérifions aussi qu’il n’enfreint pas aux droits de l’homme. Si le texte nous agrée, nous envoyons un courrier à l’auteur pour le lui signifier. Traditionnellement, c’est à la maison d’édition de supporter les frais d’édition de l’ouvrage pour lequel un pourcentage sur le prix de vente public de l’ouvrage est convenu avec l’auteur dans le cadre d’un contrat d’édition. Ce pourcentage lui sera versé sur les ventes effectivement réalisées de son ouvrage. Malheureusement, confrontés à des difficultés budgétaires qui ne sont rien d’autres que la conséquence de la mauvaise représentation que la majorité de la population se fait du livre, les éditeurs sont de plus en plus obligés de faire participer les auteurs aux frais d’édition de leurs œuvres. C’est ce qu’on appelle l’édition à participation d’auteur (quand l’auteur partage les frais avec l’éditeur) ou à compte d’auteur (quand il prend entièrement en charge l’édition de son livre). Cela dit, quelle que soit l’option choisie, un contrat va lier les deux parties.  Ainsi, après que le contrat ait été signé par les parties, le travail proprement dit sur l’ouvrage commence. Mise en page, relecture, correction, etc. L’auteur est même invité à participer et à s’impliquer dans toutes les étapes de la réalisation de l’ouvrage. En ce qui me concerne, je demande toujours à nos auteurs de bien vérifier chaque étape de la réalisation de leur œuvre. A l’issue de tout cela, le BAT (Bon à tirer) est signé par l’auteur. On peut donc passer à la dernière étape qui est celle de la fabrication. Dès sa parution, l’ouvrage est mis en rayon dans toutes les librairies, sur toute l’étendue du territoire.

3- Qu’est-ce qui explique les longs délais d’attentes infligés aux écrivains ?

Ces délais sont liés à la quantité des manuscrits que nous recevons. Nous recevons environs 500 textes par ans. Or il faut à peu près deux mois pour traiter un manuscrit.

4-Quelles sont les défis que les jeunes maisons d’éditions doivent relever ?

Le principal défi est d’éditer des livres à la fois originaux et susceptibles de se vendre. Et puis, les petites maisons ont à cœur de soutenir de nouveaux talents littéraires. C'est loin d'être évident. Parce qu’il est difficile d'évaluer le potentiel commercial des nouveaux auteurs. Leur originalité est donc à la fois un atout et un handicap. Tout cela constitue les défis qui jonchent le quotidien des jeunes maisons d’édition. L’autre grand défi est le marché du livre scolaire. Chez nous, la seule porte de survie d’une maison d’édition c’est le livre scolaire. Or, ce marché est presqu’exclusivement détenu par les maisons d’édition des pays du Nord à travers leur succursales ivoiriennes.


5-Est-ce que la coédition ne peux pas être une solution pour réduire les charges des maisons d’éditions et donner plus de chance aux écrivains ?

La coédition est encore faible chez nous. Pourtant, ça pourrait être une excellente solution d’avenir. Elle pourrait apporter des réponses adaptées aux problèmes  des éditeurs. Qu'est-ce qui empêche les éditeurs de monter des projets ensemble ? Etant donné que les avantages de la coédition sont évidents : produire des tirages plus importants et viser un marché plus vaste. Ils vont coordonner la promotion et développer des stratégies marketing communes. Et puis, les aspects commerciaux ne sont pas les seuls avantages de la coédition. L'échange d'idées et la collaboration des éditeurs ont une influence positive sur la qualité des ouvrages.

6- En cas de coédition, c’est l’auteur qui prend contact avec les différentes maisons d’éditions, ou bien ce sont ces dernières qui se chargent d’établir un accord ?

La coédition c’est entre deux maisons d’édition. Toutefois, l’auteur peut rapprocher des éditeurs dans le cadre d’un projet de coédition. Mais c’est à l’éditeur principal, celui qui reçoit le manuscrit, de rechercher un coéditeur.

7-Comment une action gouvernementale pourrait-elle redynamiser le secteur ?

En Côte d’Ivoire, le livre existe, les auteurs existent, les éditeurs existent, les imprimeurs existent, les lecteurs existent, la richesse existe, la pauvreté existe et l’argent aussi existe. Il y a donc de l’argent pour fabriquer les livres, les diffuser et les distribuer. Et, il y a aussi de l’argent pour les acheter. Mais le problème, c’est le manque de politique nationale du livre. Comment comprendre qu’il pas encore de loi sur le livre en Côte d’Ivoire. Et pourtant, le livre n’est pas un produit comme les autres ; c’est l’une des plus nobles créations de l’esprit et de l’imaginaire qui, en tant que telle, ne saurait être soumise à l’unique loi du marché. Le livre est un enjeu majeur  de société comme la santé et la démocratie. L’Etat doit donc le protéger, créer les conditions qui permettent son accès de tous par la création, entre autres de bibliothèques publiques. C’est tout cela la politique du livre qui fait partie de la souveraineté d’un État. C’est un mouvement volontariste qui exige un axe législatif, financier et juridique, avec les accords internationaux. Sur ce dernier point, je fais allusion au protocole de Nairobi  qui permet de détaxer les intrants du livre.

8-On dit que les ivoiriens n’aiment plus lire, quel est ton avis ?

On dit que « la meilleure façon de cacher quelque chose à un Noir est de la mettre dans un livre »… ça c’est pour ceux qui aiment les clichés. Cela dit, il faut reconnaître que statistiquement les Ivoiriens lisent peu. Cela tient à des raisons mille fois discutées : pouvoir d'achat, structure sociale et familiale, tradition orale, etc. Cependant, je crois qu’aujourd’hui, les actions en faveur de la lecture portent leurs fruits. Il y a une évolution positive en la matière, des efforts ont été entrepris par des associations spécialisées,  notamment Point de lecture et ses « Cafés littéraires ». Même si à travers le niveau de langue, on peut déplorer l’impact négatif des nouvelles technologies de l’information sur les jeunes. Mais comme dit l’adage « il faut laisser le temps au temps ».

9-Des conseils aux jeunes écrivains pour mettre toute les chances de leur côté ?

Quand on écrit pour la première fois, on s'inspire de ce qu'on aime, des auteurs qu'on lit. C'est correct de le faire.  Car on ne peut pas se lever et inventer des choses ex-nihilo. Mais il faut réussir à trouver son propre style et sa propre histoire à travers ces expériences. Il ne faut surtout pas penser qu’être « instruit » permet d’être écrivain, ou alors qu’il faut juste de l’inspiration pour écrire. L’inspiration est effectivement très importante, car il faudrait dire des choses nouvelles, des choses qui interpellent. Cependant, ça demande également une bonne culture générale et beaucoup de travail derrière. A la base de tout cela, il y a la lecture.  Ensuite, il faut rendre son texte le plus abouti possible, le saisir à l’ordinateur, très aéré, sans ratures, avec le minimum de fautes, avec un découpage de paragraphes clair. En général, le lecteur qui sera chargé du manuscrit, va lire la première et la dernière page. Ces pages doivent donc être très attractives. Si le lecteur est accroché par cette première « lecture », d’autres pages seront lues. Puis le manuscrit commencera à circuler entre plusieurs personnes au sein du comité de lecture et sera peut-être retenu.


Interview réalisée par Yehni Djidji

dimanche 17 juillet 2011

NOUVELLE: L'OBSERVATEUR...DE YEHNI DJIDJI


Il l’observe. Elle en est sûre. Elle a vérifié. Derrière elle, il n’y a qu’une table vide et un mur beige. Comment elle a su qu’elle est l’objet de son attention, malgré ses lunettes noires? Une femme sent ses choses-là. Appelez ça son sixième sens, son deuxième nez, peu importe…Elle arrange sa chevelure, s’humecte les lèvres, fait semblant d’être absorbée par la surface de son café, aussi calme que son cœur est agité. Il est beau.  Il lui sourit. Elle sourit. Il se lève. Il vient vers elle ? Non ! Sa canne blanche le mène à tâtons jusqu’au comptoir.

NANOLITTERATURE ET MICRONOUVELLE....


La nanolittérature est un mouvement littéraire récent, qui englobe trois grands groupes à savoir : la Twittérature, la micronouvelle et les fragments. On y intègre également, les pensées, les SMS, les télégrammes, les slogans, les proverbes, etc…
La twittérature a vu le jour le 13 Juillet 2006, en même temps que twitter et peut se définir comme l’utilisation littéraire de la contrainte générée par twitter , c’est-à-dire écrire un texte en 140 caractères maximum.

La micronouvelle, quant à elle, est un récit qui est rédigé en un nombre extrêmement petit de mots. Dans la micro nouvelle,  pas le temps de faire des fioritures. On doit dire beaucoup en peu de mots. On joue sur les doubles sens, les expressions, on suggère plus qu’on ne décrit. Elle est très adaptée à l’humour noir.

La paternité de ce genre revient à Ernest  Hemingway pour son texte en six mots « For sale : baby shoes, never worn ». « A vendre : chaussures de bébé, jamais portées ». Tout est suggéré. Les personnages (une mère et son enfant), l’histoire ( une future mère fait les achats en prévision de la naissance de son enfant mais perd le bébé et doit revendre les objets achetés).

Malheureusement, certaines langues se prêtent plus à ce genre que d’autres. Un exemple tout simple. La nouvelle de six mots de Hemingway en compte 7 en français.

L'auteur Jacques Fuentealba relève trois formes de micronouvelles : le Hemingway (6 mots), le Fénéon (3 phrases ou lignes maximum) et le Pépin (300 signes maximum avec le titre). L'écrivain canadien Laurent Berthiaume élargit la micronouvelle à une centaine de mots maximum.

Pourquoi ne pas nous essayer également à ce type particulier, qui plaira sûrement aux lecteurs paresseux ! En tout cas, j’ai écrit une micronouvelle de 100 mots que je publierai dans quelques heures. Faites-moi parvenir vos nouvelles et micronouvelles à l’adresse suivante : yehnidjidji@yahoo.fr, OBJET : APPEL A TEXTES, NOUVELLES.

samedi 16 juillet 2011

ENTRETIEN AVEC...AUGUSTE GNALEHI


...Le correcteur se met à la place de l’auteur, pénètre dans la conscience, dans l’être de l’auteur pour modifier la trame première pour que la seconde trame s’ourdit, se noue, se dénoue...

1. Qui est Auguste Gnaléhi ? 

Auguste Gnalehi est journaliste, critique littéraire, consultant et correcteur de livre…

2. Comment  es-tu  arrivé au journalisme?

Je suis arrivé au journalisme en 1991 par tempérament, par vocation, mais surtout par acquit de conscience. En d’autres termes pour être en règle avec ma conscience. Je me suis dit que avec la plume on peut non seulement informer, former la population mais dénoncer les tares de la société. A un moment donné, j’ai fait un constat : pour être efficace et performant, il faudrait que vous vous spécialisez dans un domaine bien précis. J’ai choisi alors la critique littéraire. Mais cela ne veut pas dire que je ne pouvais pas tenir une page politique, société ou économie. Loin de là. Je suis à l’aise partout : économie, politique, société. J’ai choisi la critique littéraire pour aimer davantage le livre et le faire aimer à tous ceux qui pensent que lire est une perte de temps. Celui qui ne lit pas est un homme sans boussole perdu dans un désert ou dans une forêt dense ou encore en plein océan. C’est un homme sans repère et repaire. Car lire c’est s’interroger, lire c’est se questionner, interpréter le code d’un message écrit…Le lecteur c’est celui qui peut se tirer d’affaires car par ses lectures il peut avoir la solution du problème posé. Par ses lectures il a des repères, des références tant historiques que sociologiques pour transcender les problèmes qui l’assaillent.

3. D'où te vient le goût pour la littérature?

Mon goût pour les livres date de ma tendre enfance. Je vais vous raconter une anecdote, pour illustrer ce qui va suivre. Au CP1, mon père m’avait acheté des bouquins tout neufs. Ce qui m’a plu, ce ne sont ni les jolis dessins, ni les belles écritures mais l’odeur agréable, le parfum que dégageaient les livres. Alors j’ai commencé à renifler cette odeur, cet arôme. C’est là que tout est parti. Chaque rentrée scolaire, en compagnie de mon père et de mes grandes sœurs nous allâmes de librairie en librairie acheter mes livres.

 Durant tout mon cycle primaire et secondaire, je ne  recevais que de bouquins neufs. Voyez-vous, c’est le beau  parfum, cette fragrance du livre qui m’a entraîné vers la littérature. Contrairement à certaines personnes, ce n’est pas la lecture d’un roman ou d’un livre qui a suscité en moi le goût pour la littérature. C’est donc après ce déclic que j’ai commencé a dévoré toutes sortes de livres. Lire est devenu une passion pour moi. Je lis en moyenne trois bouquins par semaine. Mais je ne lis que de bouquins neufs. Car cela me plonge dans mon enfance. C’est donc tout naturellement qu’après l’obtention du BAC, je me suis inscrit en Lettres Modernes ; pour continuer à humer cette senteur des livres. En effet, pour faire la promotion des livres, j’ai créé deux blogs : augustegnalehi.centerblog.net gnalehibebey.afrikblog.com

4. Revenons à ton métier de correcteur. Dis-moi depuis combien d’années exerces-tu ce  métier?



Cela fait bientôt quinze ans (15 ans) que j’exerce ce métier. J’ai commencé par la correction des journaux.  Je peux citer entre autres les quotidiens Le Jour avec feu Diégou Bailly, Franck Anderson Kouassi (secrétaire de rédaction) et Le Front. A Le Front, non seulement j’étais au service correction, mais j’avais créé une rubrique intitulée Sous La Plume où je faisais la critique des œuvres littéraires et des ouvrages de référence. Je suis parti d’un constat. Les journaux ivoiriens outre Fraternité Matin n’ont pas de page relative à la critique des livres. Voici l’argument qui a milité à ma faveur lorsque je suis allé présenter ce projet au rédacteur en chef, Sran Eric Kouassi Franck (actuellement directeur de la publication du quotidien sportif Fanion).  C’est à partir de là que j’ai tapé dans l’œil de certains organisateurs de concours littéraires et d’écrivains. D’ailleurs,  beaucoup d’écrivains non des moindres m’ont sollicité et me sollicitent encore en vue de lire et de corriger leurs manuscrits. Je peux citer pêle-mêle Gina Dick, Jean-Luc Djéa, Assouma Kouadio Bertin, dit Wogny Claire Porquet, Mari Constance Komara, Isaïe Biton Koulibaly et bien d’autres …  Mais, depuis décembre 2007, je travaille en free lance.

5. En quoi consiste ce métier ?

Ce métier a beaucoup d’exigence. Il faut être attentif, rigoureux et méticuleux. Le correcteur  doit tout vérifier. Il doit avoir le coup d’œil, maîtriser les règles de grammaire, les idiomes et savoir les employer. Un correcteur doit connaître les expressions idiomatiques. Un correcteur, au risque de me répéter, c’est lui qui possède parfaitement la langue dans laquelle il travaille (grammaire, vocabulaire, orthographe. Pour éviter de laisser passer des versions différemment orthographiées d’un même mot des néologismes différents pour un même sens ; le correcteur doit revenir fréquemment au dictionnaire établi.  Comme tu le vois, ce métier ne consiste pas seulement à enlever les S et mettre des ENT à des verbes, comme on le dit de façon prosaïque (rires)... Car lire c’est se construire une conscience, c’est se projeter hors de soi à la rencontre d’une autre conscience, c’est aller à la rencontre d’un plaisir, d’un bonheur. Partant de ce principe, ce métier consiste à policer, châtier, raffiner la langue. En un mot, ce métier consiste à cultiver la langue…Outre l’assainissement de la langue, le correcteur a la possibilité après discussion avec l’auteur de bien structurer, de réécrire certains chapitres tout entiers,  de bien construire les personnages, l’espace…de réduire les parties dialoguées si elles sont superflues, touffues, de donner une fin autre que celle de l’auteur : une fin plausible.

6. Quelle est l’importance pour un auteur de faire appel à un correcteur ?


Au regard de ce que je viens de dire tantôt, il est impératif qu’un auteur fasse appel à un correcteur. Le correcteur reconstruit, restructure, réorganise  le texte. Consultant littéraire et ayant été  membre de jury de plusieurs concours littéraires en Côte d’Ivoire, j’ai remarqué que la plupart des candidats et ceux qui déposent leur manuscrit dans les maisons d’édition ne savent pas construire un paragraphe, un personnage, un espace. D’ailleurs, ils ne savent pas que la description d’un lieu ou le portrait d’un personnage arrête le récit. Conséquence : les maisons d’édition refusent de les publier ou si elles veulent satisfaire les auteurs, elles leur demandent d’éditer leur manuscrit à compte d’auteur. Pourquoi à compte d’auteur ? Parce que les maisons d’édition vont engager d’autres frais annexes pour rendre potable le texte : le rewriting ou la réécriture…Pour éviter d’éditer son propre texte à compte d’auteur,  l’auteur doit faire appel à un spécialiste. Ce spécialiste fait un travail en amont. Il peut même suggérer à l’auteur d’explorer une autre fin pour rendre croustillant son  récit.  Tu vois, Yehni, si les textes sont bien construits, réalistes, avec des personnages typiques ou vraisemblables au ton juste, pratiquant le niveau de langue adéquat, la syntaxe  correcte, le mot propre utilisé à bon escient, la phrase bien balancée, le directeur littéraire de la maison d’édition donne tout de suite son ok et au bout de quelques semaines ton livre est en librairie.

7. Quelles sont les lacunes qui reviennent souvent dans les manuscrits ?


Moi, je parlerai plutôt de fautes. Les fautes qui reviennent souvent sont des fautes de grammaire, de syntaxe, de langue et de liaison. Les fautes de langue, je peux citer notamment cette expression : Faire des mains et pieds. La plupart des auteurs aiment employer cette expression. Pourtant elle n’est pas juste. En français voici ce que l’on dit : Faire des pieds et des mains pour obtenir quelque chose.  Une autre expression que les auteurs affectionnent : traîner les pas. Cette expression n’est pas correcte. On dit plutôt traîner les pieds… Encore une autre expression : de toutes les ou de toutes les manières. On dit plutôt de toute façon ou de toute manière.  Il y a aussi des fautes d’orthographe : Par moments et par endroits, ces deux mots prennent toujours la marque du pluriel. Je pourrai parler de l’euphonie. En effet, la manifestation orale d’une langue est dite euphonique quand elle est jugée agréable à entendre. D’où l’insertion d’un (t) dit euphonique qui a pour fonction d’éviter l’hiatus entre deux voyelles dans les groupements tels que viendra-t-il ? Parfois les auteurs pensant maîtriser la règle qu’ils  font la faute dans les groupements tels que  prend-t-il cette enveloppe ? On écrit plutôt Prend-il cette enveloppe ?  Le (d) se lit (t). D’ailleurs, cette dernière forme ne comporte pas d’hiatus. Tu vois, la correction c’est tout un art…

8. Es-tu affilié à une maison d’édition ?

Je disais tantôt, depuis décembre 2007, je travaille en free lance ; parce que le journal qui m’employait pour des questions, dit-on, politiques a fermé. En revanche, j’ai été consultant pendant près de deux ans chez Vallesse Editions. Nous avons travaillé en parfaite intelligence. Je travaillais sous la direction du Directeur de l’édition. Actuellement, je suis le directeur littéraire de Sésame Editions. ..

Cette maison d’édition, outre sa mission de promouvoir le livre et la lecture, se propose d’innover. Pour cela, nous avons une équipe jeune. Le directeur général se nomme Jean-Luc Djéa, écrivain, lauréat de plusieurs concours littéraires ; il est actuellement le secrétaire général de l’Association des Ecrivains de Côte d’Ivoire. Nous avons initié la collection POLICE TROPICALE. Comme son nom l’indique collection  nous éditons des romans policiers dont la trame reflète les réalités socio- politiques ou économico- historiques de l’Afrique et par ricochet la Côte d’Ivoire… Déjà paru : Crimes à N’glowama , à paraître incessamment La rançon ; collection POLITIQUE, ce sont des essais politiques : déjà parus Le sphinx ;    Histoire récente de la Côte d’Ivoire, Le sphinx aux portes du palais . Nous avons également la collection SENTIMENTAL. A paraître : Tentation, Comme un feu mal éteint.   La liste n’est pas exhaustive… Collection ETUDE, ce sont des ouvrages de référence. Déjà paru : Comment vaincre le stress. Nous avons des collections classiques telles LITTERATURE GENERALE (Roman, Nouvelles, Poésie…). Déjà paru : Le prix de la fortune. Nous envisageons de créer un concours littéraire. Ce concours a pour but de favoriser et d’encourager la création littéraire et de participer à l’éclosion d’un Ivoirien de type nouveau. Et surtout de promouvoir des talents naissants. Ah ! J’oublie (Rires) Sésame Editions est située dans la commune de Cocody -Angré.

           225 49 31 07 76  
           225  05 03 45 15
           225 44 67 68 05
           225 22 42 34 36

E-mail : sesameedition@yahoo.fr

9. Quelques références d’œuvres sur lesquelles tu as apporté ta touche ?

En 2003, je  rencontre Isaïe Biton Koulibaly aux NEI. Il me  parle de son fan-club, de sa présidente Ginette Amani et de ses activités. Et aussi de son manuscrit : Et pourtant, elle pleurait. Satisfait nul doute de ma correction, il m’a demandé  de faire la quatrième de couverture. C’était le premier livre que je corrigeais…J’avais peur de décevoir ce grand écrivain. Dieu merci, les critiques ont bien accueilli cette œuvre. D’ailleurs, Et pourtant, elle pleurait publié chez Frat Mat éditions en 2005 au plus fort de la crise armée ivoirienne a été imprimé plus de cinq fois et a vendu à plus de dix mille exemplaires. Cette œuvre, à bien des égards, est devenue un best seller. Comme on n’est point prophète chez soi, c’est au Mali que cette œuvre a été primée…Pour ce même auteur, il y a La bête noire. La puissance de la lecture et bien d’autres œuvres…J’ai écrit la quatrième de couverture des romans  La Magie du Livre et Cri de Douleur de Claire Porquet, après correction. Cri de Douleur, je l’ai aussi restructuré, reconstruit. Le Prix de la fortune d’Assouma Kouadio Bertin, dit Wogny, un recueil de nouvelles. Ce recueil je l’ai non seulement restructuré, reconstruit, mais j’ai été également le préfacier. J’ai aussi écrit la quatrième couverture de l’ombre d’Imana, Voyage jusqu’au bout du Rwanda, roman de 137 pages écrit par Véronique Tadjo, Grand prix littéraire d’Afrique noire 2005 pour l’ensemble de ses oeuvres et publié chez les Editions Livre Sud (Edilis). J’ai porté ma touche au recueil de nouvelles de Mari Constance Komara  Je n’attends que toi. (Edilis). Il y a également Comment vaincre le stress de Salia Ouattara ; sans oublier les textes quand j’étais consultant à Vallesse Editions.  La liste n’est pas exhaustive…

10. Est-ce que tu as déjà publié des œuvres littéraires ? Si oui, lesquelles ?


Pas encore (Rires…). Mais,  j’ai au moins quatre manuscrits dans mes tiroirs : un roman et deux recueils de nouvelles et un recueil de poèmes. Je compte les publier incessamment.


11. Est-ce que tu peux donner quelques conseils aux jeunes auteurs quant à la présentation de leur texte et à la mise en page.

La  mise en page et la présentation d’un texte,  c’est le travail de l’éditeur. C’est l’éditeur qui,  selon le volume du manuscrit, la population cible, les résultats attendus et les exigences du marché du livre,  fait la mise en page. L’auteur peut proposer la couverture. Mais l’éditeur a le dernier mot. En revanche,  je tiens à  dire aux jeunes auteurs   que lire et écrire vont de pair. Et  que les  grands écrivains sont ceux qui ont lu et qui  lisent encore  beaucoup. Ce sont de grands lecteurs ; car celui qui ne lit pas ne sait pas faire de phrases intelligibles, ne peut pas  non plus faire d’analyse. Il ne peut pas se projeter dans le temps pour mieux scruter l’horizon. Il ne peut pas questionner le temps, l’espace. Surtout les événements historiques ou socio – politiques. Il est incapable de construire un personnage, de refaire le monde, de recréer le monde. Alors, Yehni, si tu veux être un grand écrivain,  il faut être un grand dévoreur de livres ; c’est par la lecture qu’on acquiert un  style et au fil du temps l’on se forge, se donne un style. Le style se cultive…

12. Quels sont tes tarifs ?

Le rewriting coûte cher. Car il faut réécrire le texte en lui donnant une fin plausible. Le correcteur se met à la place de l’auteur, pénètre dans la conscience, dans l’être de l’auteur pour modifier la trame première pour que la seconde trame s’ourdit, se noue, se dénoue… Comme tu le constates, Yehni, le rewriting c’est donner une certaine texture au manuscrit. On ne peut pas payer un travail intellectuel… Je donne mes tarifs selon le volume du manuscrit et le volume du travail à effectuer.

13. Comment peut-on te joindre ?

Au terme notre entretien, je tiens à dire en paraphrasant Simone De Beauvoir  qu’on ne naît pas écrivain on le devient. On le devient en dévorant les livres, on le devient en ayant un bon guide, un bon coach. C’est pourquoi j’ai décidé à faire du coaching.


 En effet avec la somme d’expériences acquises à travers les différents jurys des concours littéraires et les corrections des livres, nous avons mis- des amis et moi- de façon informelle un cabinet littéraire en place. Ce cabinet est composé de spécialistes de la littérature, du cinéma. Ce cabinet se donne pour mission de corriger les manuscrits, de réécrire si possible les manuscrits mal écrits, mal structurés. Nous donnons aussi des cours d’écriture aux écrivains qui veulent se perfectionner et surtout aux écrivains en herbe, aux auteurs qui veulent faire leur premier pas dans le monde littéraire. Je souligne que ces cours se donnent  par module. Comment écrire un poème, un roman, une nouvelle, une pièce de théâtre, des scenarii. A la fin de chaque séance ou module, il y a des exercices d’application pour vérifier si l’apprenant a bien appréhendé les cours. Nous pouvons par exemple avec l’apprenant prendre comme prétexte son manuscrit pour travailler ou bien toujours avec son contentement travailler sur son manuscrit tout en lui donnant des cours. Nous fonctionnons comme un atelier d’écriture. En ce qui concerne les tarifs, comme je l’ai dit plus haut, on les fixe selon le volume du travail à effectuer. N’ait pas peur Yehni, les tarifs sont bien étudiés. Voici mes contacts : 225 07 30 45 37 ; 225 60 13 90 26. Mon  mail : augustegnalehi@hotmail.com



  Interview réalisée par Yehni Djidji

vendredi 15 juillet 2011

NOUVELLE: EFFET DOMINO...DE TANYA G


La fin justifie-t-elle les moyens? Jusqu'où peut-on aller pour sauver une vie? 

Merci à Tanya G pour sa contribution. Dans Effet Domino, elle nous dépeint la journée mouvementée de Serges, un technicien de surface, dans une entreprise où histoires d'argent, de cœur et de corps se mêlent et s'entremêlent.

    
        Mardi, 5 heures du matin. Encore une nuit blanche pour Serges qui était debout bien avant le tintamarre quotidien de son alarme. Son père était torturé par une maladie qui ne disait pas son nom ou du moins qui était inconnue du répertoire approximatif de docteur Séké, docteur de quartier. Sa mère l’informait chaque heure de la dégradation progressive de son état. De quoi faire fuir en vous tout sommeil. Le dernier appel de sa mère résonnait encore en lui en espèces sonnantes et trébuchantes, à lui couper même l’herbe qu’il n’avait pas sous les pieds.
« On doit transférer d’urgence ton père à la clinique Saint André pour le faire opérer » avait-elle dit entre frénésie et désespoir.
Serges avait bien compris. Transfert= 50.000 FCFA, frais de clinique= 100.000 FCFA, frais d’opération= 200.000 FCFA. Où est-ce qu’il allait trouver 350.000 FCFA ?
            C’est la tête surmenée d’équations à multiples inconnus qu’il alla machinalement au travail. Il arriva en avance. Bien avant 8 heures, avant que ces bonnes gens appelées employés ne fassent grâce de leur présence bien plus tard. Il commença par la salle des photocopieuses comme à son habitude. 8 heures 45. Il ne restait plus que l’imposant bureau de la DAF, la jeune épouse du PCA Pascal Konan, avant de passer au quatrième étage. Dans la salle d’attente qui précède le bureau, il remarqua sur le fauteuil en cuir de buffle, abandonné dans la plus grande des impudences, un article de lingerie qui n’appartenait pas à ce décor. À peine l’avait-il ramassé que s’offrait à ses yeux une scène qu’il n’était pas supposé voir, que personne ne devait savoir. Il n’eut pas le temps d’être ahuri de voir la DAF, Hortense Konan, et le chef comptable Cyril Amoakon en position plus que compromettante, qu’il fut fustigé par ceux-ci d’intenses regards semblables à ceux de bêtes sauvages traquées jusque dans leur dernier rempart par des chasseurs. Si en pareille situation le chasseur avait l’avantage, Serges lui, sentait le danger qui pesait sur lui et regrettait amèrement d’être venu en avance. Dans un réflexe bestial, il prit ses jambes à son cou pour laisser derrière lui cet énième problème venu grossir son fardeau. Au bout de sa course, loin du bureau de son malheur, respirant de tous ses poumons l’air menaçant, il s’était rendu à l’évidence qu’il n’y avait dans tout cet immeuble aucun lieu fortifié pour le protéger du courroux de la DAF. S’en était fini, son renvoi était imminent. Ô quel malheur ! Et cette heure n’avait pas fini d’en apporter…9 heures 16, son téléphone portable sonne. C’était sa mère. «………… »
Il ne voulait entendre ce qu’il savait déjà, et il ne pouvait annoncer à sa mère la nouvelle de son renvoi. Ô quelle tragédie ! Alors qu’il se morfondait et s’apitoyait sur son sort, une idée orpheline ne se réclamant ni de Dieu ni du diable, lui traversa l’esprit. Il venait de trouver le moyen de renverser la vapeur du feu qui le consumait.
            10 heures. Dans la confluence matinale des employés, et leurs allées et venues donnant la fausse impression de personnes occupées, Serges était sans surprise convoqué au bureau de la DAF. Ce n’était pas le même Serges qui avait fait le chemin inverse dans une peur qui avait motorisée ses jambes. Non, c’était un Serges calme, qui marchait d’un pas assuré. Il entra dans le bureau et pris place bien volontiers quand on lui donna à s’asseoir. Mme Konan pouvait lire sur son visage cette assurance non fondée là où elle cherchait la frayeur de ce matin. Elle en était agacée.
« Serges, je peux te faire renvoyer à l’instant alors tu ferais mieux de me ravaler ce sourire. Si cette histoire s’ébruite, je te… »
« Elle ne s’ébruitera pas si vous me verser la somme de 500.000 FCFA » avait-il répliquer d’un timbre ferme mais respectueux avant qu’elle ne finisse sa phrase.
Mme Konan était sidérée.
« Mais pour qui tu te prends ? Dois-je te rappeler que la parole d’un technicien de surface ne vaut rien contre la mienne et que… »
Serges l’interrompit une seconde fois.
« Ma parole vaudra sans doute son pesant d’or aux oreilles du PCA. J’ai en ma possession, un objet qui vous appartient et qui ne peut que vous appartenir. Vous avez égaré ce matin votre soutien-gorge… »
« Et c’est avec un soutien-gorge que tu comptes me faire chanter ? Laisse-moi rire ! »
« Sans vouloir être indécent Madame, vous savez très bien qu’en tour de poitrine, vous faites l’unanimité ici, et la qualité de l’article en dit long sur le propriétaire. De toutes les femmes ici, vous êtes la seule à pouvoir l’acheter et le porter. »
Mme Konan était dos au mur. Déjà suspicieux, Pascal son mari, ne devait surtout pas entendre de tels propos. Elle  se plia donc aux exigences de Serges. Et puis, 500.000 FCFA c’était une goutte d’eau dans la mer, la goutte d’eau dont il fallait protéger le vase pour ne pas qu’il déborde.
« Le virement sera effectué dès cet après-midi. M. Amoakon va se charger des formalités. Quant à l’effet personnel que tu détiens, j’attends qu’il me soit discrètement rendu aujourd’hui même. Ferme la porte en sortant. »
« Merci Madame. Bonne journée a vous. »
            Serges venait de tenir en laisse le chien méchant qui menaçait de le mordre, non sans se procurer le plus que nécessaire pour les frais médicaux de son père. C’était tout fièrement qu’il déambulait dans le couloir menant au bureau du chef comptable Cyril Amoakon, l’autre protagoniste. Cyril avait préféré s’endurcir dans le célibat plutôt que se ramollir dans le mariage. Et comme célibat ne veut pas dire abstinence, il avait trempé autre chose que sa plume dans l’encre de plus d’une de ces dames pour leur grand plaisir et au grand dam de ses collaborateurs masculins jaloux à souhait. Ses détracteurs voyaient en lui un bellâtre, là où ses admiratrices fantasmaient sur ce bel être.
« Excusez- moi M. Amoakon, la DAF m’envoie vérifier que vous avez tous les documents requis pour le virement qu’elle vient d’autoriser. » dit Serges posté à l’entrée du bureau vitré du chef comptable.
Cyril lui lanca pour toute réponse un regard ouvertement dédaigneux qui exprimait tout son mécontentement. Pour lui, Serges aurait dû être prestement débarqué. Mais au lieu de cela, lui Cyril devait falsifier le livre de comptes pour justifier ce virement. Rien que ça ! Or, ce n’était pas la première fois que le chef comptable allait s’arranger pour que 1+2 fassent 4. Il le faisait souvent pour son propre compte et avait usé de ses charmes, très tôt les matins, pour recueillir au fond d’elle, la bénédiction de la DAF. 
Serges se retira dans une démarche non pas de provocation mais d’avertissement. Il était 10 heures 40. 11 heures, sa mère ne manqua pas de l’appeler pour réitérer ses diagnostics morbides. Cette fois ci, Serges ne manqua pas de la rassurer. Il aura les 350.000 d’ici quelques heures. Mais le temps pressait. Sa mère aussi. 11 heures 40, il refit un tour devant le bureau de Cyril. S’en suivit le même échange d’œillades qui n’avait naturellement pas échappé à Anita, la secrétaire du département comptabilité, qui captait toutes les occurrences du bureau de celui qu’elle aimait à tort ou à raison. Son bureau à elle faisait face à celui d’Herman Konan, expert-comptable et neveu du PCA. Anita alla s’enquérir de ces échanges insolites auprès de Cyril qui était de mauvaise humeur. C’était sûrement le stress. Non, c’était autre chose. C’était Serges et autre chose. C’était que l’affaire de Serges l’avait rendu mercuriale au point de faire monter sa tension artérielle alors qu’il devait être opérationnel dans quelques minutes. Il avait un rendez-vous ce midi avec la nouvelle responsable client du 5ème , du bon gibier. N’est pas Don Juan qui veut, mais qui peut. Et Cyril pouvait, donc il faisait. Et il allait faire. Le faire avec la fille du 5ème . Il avait la pression de bien faire. Mais Serges lui avait mis une autre pression qui risquait de tout gâcher. Il avait les nerfs à fleur de peau, et quand Anita lui avait demandé ce qui n’allait pas, il a explosé comme une bombe. Il a lâché des explosifs, des détails explosifs.
« Mais, c’est cet enfoiré de Serges, cet empêcheur de tourner en rond ! Il veut se jouer les maîtres chanteurs parce qu’il m’a surpris avec la DAF ce matin ! » balança Cyril sans se rendre compte de la gravité, de la pesanteur de cette information.
Anita savait qu’il courrait tous les jupons. Mais elle se disait qu’un jour, il serait fatigue de courir et il allait s’arrêter sur elle. Après tout, il disait l’aimer. C’est pour ça qu’elle fermait les yeux sur les activités intra-jambaires récurrentes de Cyril qui n’en demandait pas tant. Certes, il chérissait sa liberté d’être libertin plus qu’Anita, mais il appréciait cette once de stabilité et de sérénité qu’elle lui procurait lorsqu’ il en avait besoin. C’est dans ce genre de moments qu’il eu à prononcer un « Je t’aime, tu sais » qui voulait dire « j’aime ces moments de calme, de refuge. » Il était si à l’aise avec elle, parce que justement elle ne lui demandait ni explication ni promesse, qu’il lui faisait plusieurs confidences. C’était cette intimité qui donnait de l’espoir à Anita. Mais cette confidence-là, venait la soumettre à l’épreuve de la réalité.
« Comment ça, il t’a surpris avec la DAF ? » interrogea t-elle d’un ton jaloux.
« Oh, ne t’énerve pas pour si peu. Avec la DAF, c’est rien. Je fais juste ça pour arrondir mes fins de mois. Tu comprends ? » dit-il en se levant dans la précipitation pour aller à son rendez-vous, non sans se parfumer une fois de plus.
« Dit à Herman de terminer ces dossiers pour moi. J’ai un déjeuner très important. On se revoit après. »
Non, elle ne comprenait pas. Surtout quand il s’agissait de la DAF. Qu’est ce que la DAF avait de plus qu’elle ? Elles avaient le même profil ; âge, cursus ; mais pas la même fortune. En plus, Hortense n’avait ni éclat ni beauté, juste une forte poitrine. C’est par chance qu’elle se retrouve mariée à un PCA qui l’a fait nommer DAF ! Non seulement Anita n’a pas eu cette chance, mais voilà qu’Hortense venait picorer dans son nid à elle.
C’est la mine défaite qu’elle remit les dossiers à Herman qui avait vu la scène sans en entendre les mots. Il n’attendait qu’un faux-pas de Cyril pour le faire plonger et Anita c’était la porte des secrets. Il connaissait ces sentiments pour Cyril et il demanda : « C’est son déjeuner avec la fille du 5ème  qui t’attriste ainsi ? »
Trop c’était trop. Anita fondit en larmes. « Quelle idiote j’ai pu être ! Comment ai-je pu penser qu’il m’aimait ? » Herman lui apporta le confort de ses bras pour la consoler.
« Tu t’en remettras Anita. T’es sûrement pas la seule à qui il a fait miroiter ces mensonges. »
« Tu ne crois pas si bien dire Herman. Je parie qu’il a sorti le même jeu à la DAF pour qu’elle s’adonne à des galipettes matinales en ces lieux ! » dit-elle, amère.
« Non, sérieux ? La DAF aussi ? » s’étonna Herman, abasourdi.
« Mais, oui ! Même qu’ils se sont fait surprendre ce matin par le technicien de surface qui a négocié son silence à 500.000 FCFA. »
Herman jubilait intérieurement. Lui et sa mère méprisaient Hortense qu’ils considéraient comme une pimbêche et profiteuse. Il n’avait pas non plus digéré qu’elle soit nommée au poste qu’il convoitait. Il était le fils de la sœur aînée du PCA après tout, et l’on connaît l’importance du lignage matriarcal chez les Akans…
Dans l’euphorie de son déjeuner, Cyril avait involontairement laissé dans la pile de dossiers destinée à Herman, des documents attestant de ses fraudes et détournements. Cyril allait plonger, et Herman allait le noyer. Mieux, il avait de quoi faire sauter la DAF, pour récupérer son dû. Il n’avait qu’un coup de fil à passer à son oncle.
13 heures 56. Il raccroche son téléphone.
15 heures. La nouvelle tombe. Le PCA convoque tout le personnel à une réunion demain Mercredi à partir de 8 heures. On annonce de grands changements. Des têtes vont tomber. D’ordinaire, les techniciens de surface et autres employés de maintenance ne sont pas conviés à ce genre de réunion. Mais, Serges est convoqué.

TANYA G

jeudi 14 juillet 2011

NOUVELLE: COMPTEURS A ZERO...DE DAPHNEY TAREK

 C'est connu, les relations entre professeurs et élèves sont proscrites. Mais pourquoi? Anti- pédagogiques? Malsaines?  Est-ce qu'il n'y a pas d'exception possible? Et si les deux amoureux sont majeurs? Certaines de ses relations ont abouti et aboutissent encore à des mariages heureux! D'autres par contre ont uniquement réussi à gâcher plusieurs vies...


Merci à Daphney Tarek pour sa contribution . Dans  "Compteurs à zéro", ce sont les amours  entrent enseignants et enseignés qu'elle revisite.

L’orage avait éclaté toute la nuit. Sasha, se retournait sans cesse dans son lit ; Normal. Comment arriver à fermer les yeux quand il savait que tout se jouerait dans quelques heures ?
A exactement  six heures du matin, il résolut de quitter son lit. S’il ne voulait pas être en retard, il savait que c’était le bon moment pour commencer à se préparer. Sa mère se moquait souvent de lui en l’appelant « mademoiselle ». Ne disait- on pas que les femmes mettaient beaucoup de temps à se préparer ? A lui Sasha, il fallait au moins une heure et demi pour être totalement prêt.
« Toc toc toc » : on  frappait à sa porte ; c’était probablement sa mère qui venait le réveiller.

Il ouvrit la porte. Comme à son habitude sa mère entrait dans sa chambre sans qu’il ne l’y ait invitée.

            -Bonjour mon cœur !   lui lança sa mère en l’embrassant sur la joue.
 Sasha se demandait comment elle faisait pour être toujours aussi joviale les matins.
            -Bonjour maman, répondit Sasha nonchalamment.
            - Bien dormi ? Pas trop stressé ? 
            -  Un peu, mais bon… »
            - Ne t’inquiète pas, tout se passera bien.
            -  Allez « Mademoiselle » ! Files dans la douche ; il ne faudrait pas être en retard !rigola sa mère en sortant aussi vite qu’elle était entrée.

 Il fallait qu’elle se dépêche elle aussi. C’était le jour  la réunion avec les potentiels nouveaux  actionnaires de la société.
Il y a de cela  5 ans, avec deux de ses meilleures  amies, Marie Ange  Mokis montait une structure d’import-export qui très vite connu un franc succès. Ses associés et elles avaient réussi deux ou trois transactions, fait jouer leur carnet d’adresses et en moins de temps qu’il  ne leur  fallut  pour  le réaliser, «BLUE EXCHANGES»  était dans le top 5 des sociétés les plus rentables du pays.  Il y a quelques années encore si on lui avait dit que le Docteur  Mokis, chirurgienne pédiatre  deviendrait Mme Mokis, femme d’affaires, elle ne l’aurait jamais cru. Ah ! La vie et ses surprises.

Mme Mokis avait décidé de s’habiller décontracté. C’était vendredi  et la règle d’or était de ne jamais  se prendre  la tête les vendredis. Elle sortit de la douche et entra dans son dressing. Elle hésitait un instant entre un pantalon et une jupe ; finalement opta pour un pantalon couleur terre d’ombre brûlée ; un chemisier, tissu Shantung écru à fines rayures marron ; des mocassins Fratelli Rossetti beige foncé et le sac à main assorti. Elle prit les clefs de sa voiture et sortit de sa chambre.

            -Agnès?
            -Oui Madame !
            -Tu vas bien ce matin ?
            -Oui Madame. Merci Madame.
            -Jean n’est pas encore arrivé je suppose. Ah ce chauffeur ! Tu lui diras d’aller  à 16h  à la pâtisserie chercher le gâteau que j’ai commandé. N’oublies pas de faire sortir les bouteilles de vin blanc de la cave. Ce soir c’est Gambas à la crème et pommes de terre sautées. Je ramènerai moi-même du pain.
            -Compris Madame. Merci Madame.
            -Sasha ? Tu n’es pas encore prêt ? Moi je pars hein ! fit Mme Mokis en montant dans sa voiture.
La porte de la chambre de Sasha s’ouvrit dans un grand bruit et on l’entendit dévaler les escaliers en boutonnant sa chemise.

            -Bonjour, Tantie Agnès !
            -Eh Sasha, tu es encore en retard ? le taquina-t-elle
            -Qui moi ? Toujours à l’heure tantie !

Agnès se mit à sourire. Elle se souvenait encore du petit Sasha. Il avait à peine deux ans lorsqu’elle commençait  à travailler  pour les Mokis ! Cela faisait déjà quinze ans ! Aujourd’hui c’était un homme.

 Le son du klaxon de la BMW X3 de Mme Mokis se faisait insistant.

            -C’est bon  Maman ; je suis là, dit Sasha faisant un large sourire à sa mère, un peu pour se faire pardonner.
            -Comment tu  fais Sasha ? T’as un don pour le retard, grommela Mme Mokis en sortant du parking de la maison
Sasha afficha  le même sourire en guise de réponse.
            -A quelle heure  est ce qu’ils sont censés proclamer les résultats?
            -Ils ont dit 08h30.
            -Et il est 08h35 Sasha.

La voiture  des Mokis  s’élançait vers la barrière de la « cité des oliviers ». Avec l’insécurité grandissante, les riverains avaient jugé bon d’accroitre la sécurité d’accès à leurs résidences en construisant cette barrière. On n’était jamais assez prudent.
Les Mokis saluèrent le vigile  de garde et s’engouffrèrent  dans la circulation. Au moins l’embouteillage avait baissé de densité.

C’est vers 08h50 qu’ils arrivèrent  à l’entrée du lycée Américain. Le parking  était plein  et  une file impressionnante de voitures bordait déjà, sur plus de 100 mètres, la route qui passait devant l’établissement. Mme Mokis, aidée de l’un des gardiens réussit tant bien que mal  à garer la voiture. Les résultats de l’examen d’entrée à l’université allaient être proclamés et tous les parents présents tenaient à être là pour soutenir leurs enfants.
Il y avait foule dans la cour de l’école ; parents et élèves par petits groupes  discutaient, tentaient de détendre l’atmosphère  qui s’alourdissait à vu d’œil. Ces résultats étaient tout de même l’aboutissement d’une année scolaire entière de travail et de sacrifice.  Un peu comme  le ticket d’entrée dans le monde des adultes.
 
            - Ce sont bien  les  Kemeny sous l’arbre la bas ? On va  les saluer ?
            - Euh … vas-y Maman, je te rejoins tout à l’heure.
            -D’accord !

 Sasha  n’avait qu’une chose en tête, trouver  Kimberley. Il avait besoin de la voir, de lui parler.
Il l’aperçut se dirigeant  vers l’immeuble de l’administration. Alors qu’il courait la retrouver, il entendit le principal Turner annoncer que dans cinq minutes ils proclameraient les résultats. Presque tout le monde fit donc mouvement vers le centre de la cour .Cela lui importait peu, tout ce dont il avait besoin c’était des explications.

            -Kim ! Kimberley, attends-moi s’il te plait.
Lorsqu’elle  se  rendit compte que c’était Sasha, Kimberley hâta le pas. Sasha à quelques pas d’elle fit à peine un bond et la retint par le bras.

            -Lâches-moi Sasha.
            -Non je ne te lâcherai  pas. Pas tant que tu n’auras pas répondu à mes questions.
            -Sasha ne recommences pas, s’il te plait.
            -Il est de moi c’est ça ?

Kimberley  réussit à se dégager  de l’étreinte  et s’éloigna en hâtant le pas.

            -J’ai le droit de savoir Kim. J’ai le droit de savoir !  hurla Sasha.

Les quelques personnes non loin de la scène étaient un peu perplexes. Qu’est-ce que cet élève pouvait bien attendre de Mlle M’Bouaké, la professeure de philosophie ?

Sasha sentait la colère monter en lui. Il donna un coup dans l’arbre qui était juste en face de lui. Il s’en fichait de ce que le monde pouvait penser ; il fallait qu’il sache la vérité.
Debout, le visage dans les mains, il revoyait le film de ces derniers mois. Tout s’était passé  tellement vite…

C’était l’année dernière, en première, un  Mercredi ; à 4mois des vacances scolaires.
Le principal leur avait annoncé la veille  qu’ils auraient un nouveau professeur de philosophie parce que Mr Web devait retourner  d’urgence dans son pays.

Il était à peu près 15h20 quand elle passa la porte de la salle de classe.   Elle portait une jupe grise  et un corsage blanc ; des chaussures à talon noirs ; ses  cheveux étaient relevés en  une  queue de cheval. Elle était très jeune ; elle était belle.   Ça changeait de « Mr Wébo »  et de ses  gros costumes à  manches courtes.  Le cours avait duré deux heures. Si  elle était stressée, elle le laissait à peine transparaitre.

 Une fois dans son lit, Sasha se ressassait sa journée ; il ne se  souvenait que  de son visage.  Il ne savait pas trop pourquoi. A partir de ce moment, il s’était retrouvé à attendre impatiemment chaque cours de philosophie, surtout à apprécier  cette matière à laquelle il ne prêtait pas spécialement attention même si c’est vrai qu’il était plutôt  bon élève. Il voulait faire bonne impression. En à peine deux semaines, il était devenu le chouchou.

Pendant les cours, Sasha avait souvent  l’impression de sentir son regard peser lui, et lorsqu’il la regardait à son tour, il la voyait se détourner…
Quand il arrivait que leurs yeux se croisent, il sentait, comme un feu, brûler  en lui. Il comprit bien vite que c’était  l’amour qui le consumait.

 Leur  jeu avait continué ainsi au fils des cours et un vendredi, alors que les élèves sortaient de la classe et qu’elle était concentrée à remplir le cahier de texte, il avait osé  glisser dans son sac ce mot:

«  Ils ont beau se cacher.
L'amour le plus discret, laisse par quelques marques échapper son secret. »

Jean Racine.
0031779522487

Quand pour la première fois, un soir,  il entendit sa voix au téléphone, il savait que ce son ferait vibrer chaque membrane de son corps, éternellement.
Elle lui avait dit qu’il était fou, qu’il jouait à un jeu dangereux auquel elle ne voulait pas participer. Paradoxalement, l’appel du soir était devenu un genre de rituel.

Au bout de quelques appels, il  s’était lancé,  lui avait demandé si elle voulait se mettre avec lui, avait senti la terre se dérober sous ses pieds quand elle avait répondu « Oui ».

Leur premier baiser, au cinéma, si gauche… la compétition de Street basketball  à Assinie  qu’il avait prétexté pour leur premier week-end amoureux !  Il revoyait tout cela.

A l’école, ce n’était tellement  pas évident  de se contenir.
Plus d’une fois on avait failli les prendre en train de s’embrasser.

Aucune autre femme ne pouvait l’intéresser.  Normal ;  aucune autre n’était Kimberley.
C’était la première fois qu’il tombait amoureux, Kimberley aussi. Le nuage  sur lequel ils étaient était immense.
Il ne voyait son avenir avec personne d’autre qu’elle. Sa mère lui avait demandé à plusieurs reprises  de lui présenter la fille qui le rendait aussi gai.
Une maman, ça a le flair pour ce genre de choses. Il lui répondait : « Un ange »

Leur relation était fragile. Plusieurs fois la voix de la raison avait poussé Kimberley à rompre. Elle en avait marre de passer son temps à se cacher. Justement lui ne voulait que ça ; mettre leur relation au grand jour. Mais à ça elle n’était pas prête.

Cependant, leurs ruptures n’étaient jamais bien longues ; ils se retrouvaient plus amoureux, plus passionnés. Sa voix de la raison à lui, était devenue muette.

Cela faisait  déjà trois mois qu’elle avait rompu à nouveau. Après un moment de folle passion dans l’appartement de Kimberley : il avait reçu un message : 

« Les plus beaux instants de ma vie, ont ta chaleur  et ta douceur. Mais, je n’ai pas la force de continuer... Au revoir Sasha »

Elle semblait si décidée cette fois ci. Elle ne prenait même plus la peine de répondre  ni  à ses appels, ni à ses  SMS. C’était en vain qu’il essayait de lui parler…
C’était peut être fini, mais mettre autant d distance entre eux et aussi subitement  c’était criminel.  Il ne comprenait pas. Quelles erreurs avait-il commises ?  Il  avait besoin d’explications. A défaut, juste l’entendre lui dire qu’elle l’aimait encore. Il s’en serait contenté toute sa vie.

Mais voilà, la rumeur avait traversé toute l’école. Elle disait que Mlle M’Bouaké était enceinte. Tout le monde soupçonnait Mr Galager, duquel elle s’était plutôt  rapprochée ces derniers temps.
Tout le monde n’avait que cette nouvelle sur les lèvres et la période des révisions  avait été plus que pénible pour Sasha. Il  perdait du poids à vue d’œil. Ça lui faisait de la peine de voir sa maman s’inquiéter  que son fils ne se laisse envahir par le stress de l’examen.

Il l’avait appelé, attendu devant son appartement  des heures. Kimberley l’évitait.
 Il était sûr que cet enfant était de lui. Il le sentait au plus profond de son cœur.
 A force d’insister, elle avait décroché le téléphone.

            -Mon cœur, enfin je peux te parler.
            -Sasha…
            -Si tu savais combien je suis vide sans toi.
            -…
            -Il est de Galager cet enfant?
            -Ce ne sont pas tes affaires.
            -Kim tu sais que je t’aime. Tu veux que je meure c’est cela ?
            -Dis-moi que tu m’aimes encore, s’il te plait.
            -Où est le rapport ?
            - Dis-le-moi, juste une fois.
            -Tu sais très bien ce que je ressens Sasha…
            -J’ai le droit  de faire partie de la vie de cet enfant ! C’est le mien !
            -Je te laisse Sasha
            -Attends Kim ! Kim ? Kim ?
            ….

Elle avait déjà raccroché. Sasha s’était promis de profiter de la proclamation des résultats demain, pour tirer  toute cette affaire au clair.Elle ne lui avait rien dit encore.

            -Félicitations chéri !  Je suis tellement fière de toi.

 Sa maman s’était approché de lui et, le félicitait. Avec tous ses soucis, il avait son diplôme.
Il était fatigué de pleurer. Il avait décidé que s’il franchissait le seuil du portail de l’école, ce serait un nouveau départ,  une  nouvelle vie, sans Kim. Le  visa pour les USA était sous réserve de son diplôme.
Bientôt il s’en ira loin. Il  pourra, là bas , remettre les compteurs à zéro

DAPHNEY TAREK

mercredi 13 juillet 2011

ENTRETIEN AVEC...BLAN'KO GBICH

 Les Ivoiriens aiment la lecture. Seulement, il faut leur offrir ce qu’ils aiment...
 ...On peut passer des années pour trouver un éditeur pour son premier livre et seulement quelques jours pour le second…


1-Qui est Blan'ko Gbich ?

Blan’ko est le pseudonyme que m’a attribué le DP du journal Gbich  et Go Magazine, quand j’y ai été engagé comme journaliste-correcteur. Blan’ko pour blanco, vous savez, ce produit qui permet entre autres d’effacer les taches d’encre sur du papier. Sinon, mon nom à l’état civil est Oumar Ndao. Je suis journaliste et écrivain. Également responsable du Département Éditions de Go Média. De nationalité sénégalaise, je vis en Côte d’Ivoire depuis 1988.

2-Combien d’œuvres as-tu déjà publiées ?

Je suis auteur d’un recueil de nouvelles intitulé Corps et Âme , paru en 2003 aux Nouvelles Éditions Ivoiriennes.

3-Une dédicace dans les jours à venir ?

Non, aucune. Je suis plutôt en train de peaufiner mon second livre dont la publication est programmée, si tout va bien, en septembre prochain aux Éditions Go Média.

4-Que recherches-tu dans l’écriture ?

Je ne sais pas vraiment. Tout ce que je sais, c’est que je prends beaucoup de plaisir à raconter des histoires. J’ai commencé à m’y mettre très tôt. Je devais avoir seize, dix-sept ans… Sans penser forcément à me faire éditer. Et je n’ai plus arrêté. L’écriture occupe une place importante dans ma vie aujourd’hui. Et j’essaie de me farcir vaille que vaille un minimum d’une page tous les soirs avant d’aller au lit. C’est une véritable passion pour moi. Mais je n’écris pas forcément pour gagner de l’argent. C’est devenu une véritable nécessité. Il faudrait peut-être que je voie un psychanalyste pour m’expliquer pourquoi j’ai cette rage de noircir des pages… (rire) !


5-On décrie souvent la lenteur du processus éditorial en Côte d’Ivoire, peux-tu partager avec nous ton expérience ? Quels sont les étapes et le temps que tu as mis avant que ton manuscrit  ne soit validé ?


Tu as tout à fait raison. Il est extrêmement compliqué de se faire éditer en Côte d’Ivoire. Tellement, qu’il y a de quoi décourager les jeunes auteurs. La première maison à laquelle je m’étais adressée m’avait fait comprendre que je devais mettre la main à la poche en même temps que je déposerais mon manuscrit. C’est vous dire… Par la suite, on m’a conseillé les Nouvelles Éditions Ivoiriennes. Là aussi, il m’a fallu plus de douze mois avant d’avoir une réponse. Et près de six mois (correction, confection de la couverture et impression) avant de tenir mon bouquin dans la main. Plus tard, en décembre 2009, j’ai déposé un second manuscrit. Il y est encore… A mon avis, la patience est de mise. Quand on voit le nombre de manuscrits entassés dans le bureau du directeur littéraire, on comprend tout de suite.

6-Où peut-on trouver tes livres ?

Dans toutes les librairies et grandes surfaces, en principe. On est sûr de le trouver dans Les Librairies de France.

7-On dit que les ivoiriens n’aiment pas lire. Quel est ton point de vue ?

Je ne suis pas tout à fait d’accord avec cette assertion. Les Ivoiriens aiment la lecture. Seulement, il faut leur offrir ce qu’ils aiment. Je te donne un exemple. Les Coups de la vie Tome 1 s’est vendu à plus de quinze mille exemplaires en moins de quatre mois. Je ne parle même pas de Savoir Aimer de Biton Coulibaly qui s’est vendu également comme de petits pains. Eh bien, contrairement à Go Média qui accompagne ses auteurs par une publicité suivie et ciblée, certains de nos éditeurs vous oublient dès que vous avez fait avec elle la première dédicace. C’est ce qui explique d’ailleurs que c’est dans les premiers mois que vous vendez quelque peu. Ensuite vous vous retrouvez tout seul à vous débattre pour ne pas laisser mourir votre livre. Plus aucune pub. Pas de visibilité et donc pas de ventes. L’autre aspect, qu’il ne faut pas négliger, c’est le prix souvent trop élevé du livre.



8-Tu es responsable du Département Edition à GO MEDIA qui a publié “Le best of les coups de la vie” devenu BEST-SELLER. Quels sont les ingrédients de ce succès selon toi ? 

D’abord, “Le best of les coups de la vie”, c’est une rubrique à succès du journal Go Magazine, qui a donc déjà son lectorat. C’est une page qui permet aux lectrices et lecteurs de partager leurs expériences, leurs secrets… Ceux qui le peuvent écrivent à Madame Anzata Ouattara, ou alors ils se déplacent et elle recueille et traite leurs confidences. “Le Best of Les coups de la vie” est une compilation de ces histoires. On a la chance de disposer de plusieurs supports. Les journaux Go Magazine, Gbich !, Roman-Photo, Allo Police, les différents sites qui accompagnent nos journaux... Le département Édition de Go Média profite de tous ces supports pour la publicité. Nous organisons un grand nombre de cérémonie de dédicaces. Nous profitons aussi des espaces que nous réservent les confrères et les partenaires radio et télé. Bref, nous ne lésinons pas sur les moyens pour nous imposer. Ceci explique le succès de nos livres. Mais évidemment et surtout aussi, c’est leur qualité. Parce qu’on ne peut pas vendre n’importe quoi non plus aux gens. On aura beau être très offensif au niveau pub, si la qualité du produit laisse à désirer ça n’ira pas loin. Nous essayons donc d’être très rigoureux à ce niveau. 

9-Quels sont les défis que les jeunes maisons d’éditions comme celle de GO MEDIA doivent relever ? 

Nous avons pour le moment à notre actif  Les 3 tomes du “Best of Les Coups de la vie”, la bande dessinée “Les sorcières” de Kan Souffle (Tome 1&2), et “Savoir Aimer” de Isaie Biton Coulibaly. Et “Situation drap” de Mme Aline Apoutri en préparation. Le Tome 4 du “Best of les Coups de la vie” et “C’est Idiot d’aimer” de votre serviteur. Pour le moment, nous ne publions que des auteurs-maison. Le grand défi, c’est d’arriver à s’imposer durablement et arriver à être présents hors de nos frontières.


10-A quand une ouverture au grand public ?

Ça ne saurait tarder. Nous n’allons pas nous arrêter bien entendu aux auteurs de la boite. Déjà, nous recevons beaucoup de manuscrits du grand public pour emprunter votre  expression. Nous n’oublions pas lesdits manuscrits dans un tiroir. Nous les confions à notre comité de lecture, qui y travaille déjà. Et nous attendons son avis avant de nous lancer. Mais ça ne saurait tarder.

11-Des conseils aux jeunes écrivains ?

Je crois qu’au vu de tes écrits, tu es bien placé pour leur donner des conseils. La seule chose que je peux vraiment dire, c’est que le talent seul ne suffit pas. Il faut du travail et surtout de la rigueur. Je vais citer Bernard Weber qui disait : On dit que pour réussir, il faut trois choses : le talent, le travail et la chance. Mais que deux suffisent. Talent plus travail, on n'a pas besoin de chance. Talent plus chance, on n'a pas besoin de travail. Travail plus chance, on n’a pas besoin de talent. Vu qu'on ne peut pas agir sur la chance, mieux vaut donc le talent et le travail. »
Ensuite, une fois qu’on a son manuscrit terminé en main, il ne faut pas hésiter à le soumettre à plusieurs éditeurs à la fois. Et surtout ne pas se décourager si on tarde à le faire éditer. Si votre manuscrit est rejeté, n’hésitez pas à reprendre le travail. Beaucoup d’auteurs à succès ont vu leurs premiers manuscrits rejetés par des éditeurs. Tout simplement parce que c’était d’illustres inconnus. Bref, si l’écriture est pour vous une passion, ne baissez jamais les bras. On peut passer des années pour trouver un éditeur pour son premier livre et seulement quelques jours pour le second…

12-Je te remercie pour ta disponibilité!

C’est moi. Et félicitation pour ce que tu fais.


Interview réalisée par Yehni Djidji

mardi 12 juillet 2011

LES PETITES HISTOIRES DE YEHNI N°8

LA CAGE DORÉE

« Mesdames, l’heure est grave. Notre pays se meurt et je pense qu’il revient à nous, les femmes, les mères, les porteuses de vie de lui insuffler cette vie. Nous sommes trop longtemps restées dans l’ombre des hommes. Nous les avons laissé faire, par soumission, par lâcheté, appelez cela comme vous voulez. Mais je crois qu’il est temps que les choses changent. C’est pour cela que nous avons créé cette association, la LFDC : la Ligue des Femmes Debout pour le Changement.
C’est nous qui administrons nos foyers au quotidien alors que nos époux papillonnent dehors. C’est nous qui gérons le budget familial et qui nous préoccupons de nos enfants quand les hommes eux dilapident leur argent. Une femme même quand elle est analphabète vaut bien mieux qu’un homme instruit. Si elle cherche de l’argent c’est pour évoluer et assurer la réussite de ses enfants, l’avenir du pays. Alors que l’homme lui ne songe qu’à amasser de l’argent pour pouvoir avoir toutes les femmes qu’il désirera. 


TRADUIRE LE BLOG DE YEHNI DJIDJI

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